L’aphte est une ulcération douloureuse de la muqueuse buccale évoluant spontanément vers la guérison, sans séquelles cicatricielles (1). On l’appelle aphtose lorsque cette affection prend le caractère récidivant, évoluant par poussées (1).


L'étiologie des aphtes est multifactorielle et les mécanismes étiopathogéniques sont encore inconnus. Dans la plupart des cas, leur survenue coïncide avec l’absorption de certains aliments (noix fraîches, amandes, gruyère, chocolat, fruits acides), certains types de stress plus ou moins associés à des écarts diététiques inhabituels, d’autres facteurs extérieurs (les appareils dentaires, le mâchonnement des sujets nerveux, un mauvais état bucco-dentaire,  maladie de Behcet, une carence en vitamines B12, fer, folates … ou certaines brosses à dents) (2).
L'aphte buccal est très souvent une affection bénigne, sans pronostic grave, mais son caractère douloureux, ainsi l’hypersalivation qu’il provoque et la gêne engendrée lors de la mastication ou la phonation (2) peuvent retentir sur la qualité de vie du patient, la rendant pénible.

Le diagnostic de l’aphte est fait essentiellement sur :
la base de l’histoire de l’affection rapportée par le patient,
les constatations cliniques (1) :
- l’observation des aphtes (uniques ou multiples, localisation, morphologie, aspect des bords, saignement),
- le caractère douloureux à type de brûlures,
- la présence de signes accompagnateurs (haleine fétide, langue chargée, hypersalivation, mauvais état dentaire, mycose buccale associée …) (3).

Lorsque les aphtes deviennent récidivants, un bilan complémentaire médical s’avère nécessaire afin d’écarter un diagnostic différentiel : lésions "aphtoïdes" en rapport avec des pathologies intestinales (maladie de Crohn), hématologiques (neutropénie), carentielles (vitamines B, zinc, fer …) ou médicamenteuses (toxicité).

Aphte labial mordillé et macéré Aphte géant de la pointe de la langue
Aphte banal ventro-lingual Aphte pharyngien
Aphtes labial et lingual  

Le traitement de l’aphte en médecine classique se limite exclusivement à des produits d’action locale qui n’ont autre but que d’anesthésier l’ulcération ou de la désinfecter. Alors que l’homéopathie se montre très efficace aussi bien dans le traitement symptomatique  que le traitement de fond, empêchant les récidives et assurant une innocuité totale.

Dans son livre « Homéopathie en Odonto-stomatologie » (1974), Jean MEURIS (1914-1983) écrivait dans son chapitre sur « L’aphtose » : « Alors que l’école officielle est pratiquement désarmée dans le traitement de l ‘aphtose, nous obtenons des guérisons définitives de cette affection récidivante, dès le moment où, selon la conception homéopathique, nous considérons et les phénomènes locaux et les signes généraux du terrain ».

COMMENT  ETABLIR  UN  TRAITEMENT  HOMEOPATHIQUE ? (4,5,6,7)
Il existe deux volets dans le plan thérapeutique  selon que le patient consulte en cas de poussée aigüe ou d’aphtose récidivante depuis des mois ou des années.  Le traitement ne sera pas le même dans les deux cas ...

Lors d'une poussée aiguë
(8):
Il convient de procéder à une observation clinique minutieuse comme l'aspect des ulcérations, les localisations préférentielles (toujours à même endroit ou de tel côté ou n'importe où dans la cavité buccale), les types de douleurs, les modalités locales d'amélioration ou d'aggravation, l'état de la salivation et de la gencive, etc ...  Lorsque l'ensemble des signes et symptômes de la poussée aiguë est bien établi, il convient de rechercher le médicament homéopathique qui "couvre" cet ensemble.
C'est ce que l'on appelle le traitement symptomatique. Il se fonde sur les seuls signes buccaux, avec parfois quelques signes concomitants.

Lors d'une aphtose chronique (10):
Le patient vient consulter lors d'une poussée aiguë que nous allons soulager. Mais une anamnèse plus approfondie sera faite pour rechercher la cause déclenchante et d’autres  signes ou symptômes qui seront assez spécifiques au patient.
C'est ce que les homéopathes appellent le traitement de fond, basé sur des signes ou symptômes que l'on retrouve d'une façon constante dans l'histoire de la maladie et surtout du patient.

Certains médicaments présentent les deux groupes de signes et peuvent donc, en respectant la similitude, convenir aussi bien à une poussée aiguë qu'au traitement de fond.

TRAITEMENTS DE FOND POUR EVITER  LES  RECIDIVES (selon la cause déclenchante) (10)
• Contexte de traumatisme suite à des soins dentaires, blessures par une prothèse traumatisante, morsure de la muqueuse : ARNICA
• Contexte  de  poussée dentaire chez le nourisson et le petit enfant : BORAX
• Contexte d’auto-intoxication induite par  l’abus d’excitants de toutes sortes : thé, café, alcool, médicaments : NUX VOMICA
• Chez la femme ménopausée ou lors des périodes génitales ou lorsque les aphtes apparaissent exclusivement du côté gauche de la bouche : LACHESIS
• Lors du cycle menstruel : MAGNESIA CARBONICA
• Suite à une gastro-entérite, intoxication alimentaire : ARSENICUM ALBUM
• Suite  de  chimiothérapies, radiations ionisantes : SULFURICUM ACIDUM
• Contexte d’aphtose lors de l’allaitement aussi bien pour le nourrisson que la femme allaitante : SULFURICUM ACIDUM
• Chez l’hyperthyroïdien : IODUM
• Contexte de troubles rhumatismaux, hépatiques et rénaux : BERBERIS
• Contexte   hépatique / digestif, ou si aphtes toujours à droite : LYCOPODIUM
• Contexte de stress, fatigue, choc émotionnel, dépression, vexation) : donner le remède spécifique de son stress
• Chez les diabétiques, si état de dénutrition, ou en cas de toxi-infections graves ou  concomitance d’hémorroïdes : MURIATICUM ACIDUM
• Pour les autres causes possibles  à  savoir :
- Infections virales ou bactériennes, maladies auto-immunes (principalement Maladie de Crohn et Maladie de Behcet), virus HIV et immunodépressions.
- Prise de certains médicaments : aspirine, antibiotiques, psychotropes, antimitotiques.
- Aliments irritants et certains aliments comme les fruits secs (noix), certains fromages (gruyère), le chocolat, les agrumes, les fraises, les raisins, les fruits acides (ananas), les produits laitiers, les crustacés, le vinaigre, les épices, le poivre, la moutarde,...
• Certaines carences : fer, vitamine B12 ou diverses vitamines :
On donnera : Si aphtose cyclique sans raison précise : SULFUR
                     Si aphtose permanente, sans période de répit : THUYA

PRINCIPAUX TRAITEMENTS  SYMPTOMATIQUES
(7,8,9):

Athte (Borax) BORAX : sur langue ou face interne des joues très douloureuses, surtout en contact d’aliments acides ou salés, souvent accompagnés de troubles digestifs : nausées, vomissements, ballonnement et de diarrhée brûlante en bouillie jaunâtre (chez le nourrisson).
Aphte (mercurius) MERCURIUS SOLUBILIS : ulcérations à fond grisâtre, recouvertes d'une fausse membrane, étendues en surface  avec bords irréguliers,  avec hypersalivation nauséabonde  surtout la nuit tachant l'oreiller, et langue flasque recouverte d’un enduit jaune  et gardant l’empreinte des dents. Les douleurs sont, surtout brûlantes aggravées à la chaleur du lit et par la prise de boissons trop chaudes : le patient a des sueurs abondantes la nuit.
Aphte (nitricum) NITRICUM  ACIDUM : au début ulcération en tête d'épingle, qui s'agrandit et se creuse, avec des bords surélevés irréguliers ; le fond bourgeonne et saigne à tout contact : les douleurs sont brûlantes et piquantes comme une écharde plantée.
Aphte (kalium bichromicum) KALIUM BICHROMICUM : ulcérations avec bords arrondis et surélevés profonds, à l'emporte pièce, membrane jaune ou jaune-verdâtre, peu ou pas douloureuses  dans une bouche sèche, rouge brûlante, avec salivation fétide et sensation de cheveu post-lingual.
Aphte (hydratis) HYDRASTIS : face interne lèvre inférieure près des commissures, avec un goût de poivre en bouche, aucun appétit, dégoût pour des aliments surtout le pain et les légumes.
Aphte (arsenicum album) ARSENICUM ALBUM : aphtes bleuâtres, douleurs brûlantes mais améliorées par des bains de bouche chauds.
Aphte (Cantharis) CANTHARIS : aphtes sur une langue gonflée  avec douleurs brûlantes améliorées par de l’eau froide.
Aphte (Muriaticum acidum) MURIATICUM ACIDUM : aphtes sur une langue sèche, comme du cuir, avec démangeaisons intenses et gingivite hémorragique.
Aphte (Natrum Muriaticum) NATRUM MURIATICUM : aphtes brûlants dans une bouche sèche, avec une soif insatiable et une langue en carte de géographie.
Aphte (Nux Vomica) NUX VOMICA : aphtes dans une bouche pâteuse, avec une langue chargée dans sa partie postérieure et propre dans sa partie antérieure.

D’autres remèdes sont appelés remèdes du TYPE SENSIBLE, c’est-à-dire qu’avec une anamnèse plus détaillée, on retrouve un traitement qui englobe plusieurs symptômes en plus de l’aphtose : Sepia, Psorinum , Lycopodium …
Vous avez donc certainement constaté que pour le même symptôme ( l’aphte), un nombre important de prescriptions est possible, preuve que  le principe de l’individualisation du traitement qui caractérise l’homéopathie est réel.

Tous ces traitements sont donnés à titre indicatif pour encourager  les médecins dentistes à mieux « observer » la bouche de leurs patients.
La posologie ne peut être donnée  sans initiation  préalable en thérapeutique homéopathique.

BIBLIOGRAPHIE
1. JP Coulon E pierre. Aphtes, aphtose buccale récidivante et maladie de Behçet. ENCYCLOPÉDIE MÉDICO-CHIRURGICALE 22-050-N-10
2. JP Belon. Conseils à l'officine (7ème edition). 2009, Pages 235-237
3. M Boiron, F ROUX avec la collaboration du Dr F VOIRON. Les dossiers de l’expert à l’officine. ORL. 2011, Pages 21-26.
4. « Pharmacologie et matière médicale homéopathique » ( Demarque, Jouanny, Poitevin,St Jean), 3ème édition , CEDH , 2003
5. « La Matière médicale homéopathique expliquée » (Dr Gilbert Charrette  de Nantes ) ,Balthazar Publications
6. « Précis de matière médicale homéopathique » (Léon Vannier, Jean Poirier) , Edition Boiron , Juin 2001
7. « Matière Médicale Homéopathique constitutionnelle  » (Dr Roland Zissu), Edition Librairie le François , 75006 Paris , 2ème édition , 1978
8. « Notions essentielles de Matière médicale homéopathique » Jacques Jouanny  , édition Boiron , 13ème impression , 1991
9. « Le manuel pratique du chirurgien-dentiste homéopathe » ( Dr .M-Bl Petit ) Marc Pietteur éditeur, Resurgence Collection ,1988
10. « Thérapeutique  homéopathique : possibilités en pathologie chronique » (Jouanny, Crapanne, Dancer, Masson ), Edition Boiron , tome 2

Par Dr Soumia AMOR ( Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. )
Docteur d’état en Médecine Dentaire
Master en Thérapeutique Homéopathique (Collège Français des Sciences Humaines - Paris)
DU Thérapeutique Homéopathique (Faculté de Médecine et Pharmacie de Rabat)

Publier un article
indexation index medicus
Octobre 2019
L Ma Me J V S D
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3
Aller au haut