H. KOUMITI, O. MEDAGHRI ALAOUI, I. BENYAHYA
Service d’Odontologie Chirurgicale, CCTD, Casablanca
Faculté de médecine dentaire de Casablanca. Maroc 


RÉSUMÉ

Le condylome acuminé se définit comme une lésion papillomateuse due aux papillomavirus HPV6 et 11.
Les lésions buccales sont exceptionnelles et sont secondaires à une contamination oro-génitale parfois par auto-inoculation.
Cliniquement, on observe une petite excroissance papillomateuse, ayant une forme en chou fleur, et dont le volume peut aller d’une discrète papule de 1 à 2 mm de diamètre jusqu'à 1 cm de diamètre.

 
Dans ce cas clinique particulier, l’âge de la patiente, son statut immunitaire normal, l’aspect infiltrant de la lésion laissent suspecter le condylome acuminé en dernier.
Ce travail a pour but de mettre en évidence le rôle du médecin dentiste dans le diagnostic et la prise en charge de ces lésions, vu  leur caractère très évolutif, et récidivant si l’exérèse chirurgicale n’est pas complète.
Mots clés : Condylome acuminé, Tumeurs bénignes, Humain Papilloma Virus.

CAS CLINIQUE
Une patiente agée de 75 ans, veuve, en bon état de santé général apparent  sans antécédent médical particulier, et sans habitudes de vie nocives (tabac, alcool), a consulté au centre de consultation et de traitement dentaire de Casablanca, pour une gêne due à la présence d’une petite masse exophytique de petite taille, évoluant depuis plusieurs années, au niveau de la face interne de la joue droite.
L’examen exobuccal montre une symétrie faciale respectée, des téguments blancs, sans participation ganglionnaire à la palpation (Fig1), avec présence de perlèches labiales inter commissurales bilatérales en rapport avec une macération à ce niveau, due à une diminution de la dimension verticale d’occlusion (Fig1).

Fig1 : Vue exobuccale
Fig2 : Vues endobuccales
L’examen endo-buccal a mis en évidence un édentement total avec présence, au niveau de la face interne de la joue droite, d’une lésion exophytique, pédiculée, verruqueuse, kératosique, en crête de coq, évoluant sur un fond à aspect kératosique, avec la présence par ailleurs d’autres lésions   érythémateuses au niveau de la muqueuse (Fig2).

Fig3 : Palpation
La palpation relève un aspect infiltré du côté droit (en regard de la lésion) en comparaison avec le côté opposé (Fig3).
Au terme de cet examen clinique, nous avons évoqué trois diagnostics à savoir, le carcinome verruqueux en raison de l'infitration et du caractère verruqueux de la lésion, le lichen verruqueux et le condylome acuminé.
Des sérologie HVC et VIH se sont avérées négatives.
Le plan de traitement comportait une biopsie – exérèse de la lésion (Fig4).

Fig4 : Elimination de la masse exophytique
L’examen anatomo-pathologique de la pièce opératoire a conclu à un condylome acuminé (Fig5).

 Fig5 : Examen anatomo-pathologique

L’examen de contrôle 8 jours après la chirurgie a montré une bonne cicatrisation du site opératoire (Fig6).
A 2 mois, aucune récidive n’est décelée (Fig7).
 
Fig6 : Contrôle à 8 jours Fig7 : Contrôle à 2 mois
DISCUSSION
Le condylome acuminé est une tumeur papillomateuse de la muqueuse génitale, classée parmi les infections sexuellement transmissibles. Les lésions buccales  sont plus rares, et sont secondaires à une contamination oro-génitale (1).
La lésion a une tendance à s’étendre par auto-contamination et à récidiver après exérèse car il existe presque toujours des lésions en voie de développement non visibles qui ne sont pas éliminés.
 
Dans les populations occidentales, les condylomes acuminés buccaux affectent volontiers les adultes avec une légère prédominance pour les hommes caucasiens, dans les tranches d’âge trente/quarante ans.
Les patients immunodéprimés (greffe d’organe,chimiothérapie, HIV) sont particulièrement vulnérables à ce type d’infection virale.
Une contamination verticale de l’enfant par la mère est également possible, la transmission de l’agent infectieux pouvant intervenir in utéro, pendant l’accouchement puis par contact cutané (2,8).

Le condylome acuminé est dû dans  90% des cas au Humain Papilloma Virus  6,11,16 et 18, dits à bas risque car les lésions n’évoluent pas théoriquement vers un cancer (3,7).Celui ci est relativement fréquent chez les sujets séropositifs pour le VIH (3).
Le condylome acuminé buccal affecte préférentiellement la muqueuse des lèvres, le dos et le frein de la langue, le plancher buccal, le palais dur et parfois la gencive (4).
 
Chez une personne immunocompétente, le condylome acuminé apparaît classiquement comme une lésion exophytique, bien circonscrite, asymptomatique, souple, plus ou moins kératosique en fonction de sa topographie, de couleur rosée à blanchâtre, avec une surface papillomateuse présentant un aspect en choux fleur ou en crête de coq. Sessile la plupart du temps, mais pouvant être pédiculé, sa taille est variable de 1 à plusieurs mm. Il n’y a pas de retentissement ganglionnaire (4). Cet aspect est parfaitement retrouvé chez notre patiente.
Chez les patients immunodéprimés, les lésions sont souvent multiples en « cluster ». Elles peuvent confluer pour former des excroissances assez volumineuses (4).

Sur le plan histologique, on retrouve de nombreuses caractéristiques (1), et on cite :
• Papillomatose : allongement et hypersinuosité de la couche basale de l’épithélium entraînant un allongement des crêtes épithéliales et des papilles conjonctives ;
• Acanthose marquée : épaississement de l’épithélium causé par une prolifération de la couche épineuse ;
• Quantité variable de parakératine ;
• Présence dans la couche épineuse de cellules ballonisées, vacuolisées présentant un noyau pycnotique et un halos périnucléaire non uniforme  (= aspect histologique de koïlocytes).

Le condylome acuminé se distingue facilement des tumeurs bénignes  conjonctives, mais  présente des caractéristiques cliniques comparables à celles du papillome, de la verrue vulgaire et de l’hyperplasie épithéliale focale de Heck, d’où l’intérêt du diagnostic différentiel, qui  se fait grâce à l’examen clinique et à l’examen anatomopathologique.
Quelque soit la situation clinique, l’abstention thérapeutique est déconseillée à cause du caractère hautement contagieux qui caractérise les infections à HPV (5).
Le traitement est purement chirurgical soit à la lame froide ou bien au bistouri électrique. Une fois l’acte chirurgical effectué, l’examen anatomopathologique est nécessaire pour confirmer le diagnostic (6).

CONCLUSION
Le condylome acuminé est une tumeur rare associée aux Humain Papilloma Virus (HPV) ; ce sont des virus à ADN non enveloppés, très résistants aux agents chlorés et aux écarts de température. Ils sont répertoriés en fonction de leur tropisme cutané ou muqueux et de leur potentiel oncogène.
Le diagnostic clinique doit être évoqué face à l’aspect verruqueux mais ne doit pas écarter les autres diagnostics présomptifs de lésions bénignes voire malignes. Le diagnostic positif est essentiellement anatomopathologique. Un suivi régulier et à long terme est de rigueur afin d’appréhender toute récidive.

BIBLIOGRAPHIE
1- Sophie-Myriam DRIDI - Anne-Laure EJEIL
Condylome acuminé buccal. Tumeur épithéliale bénigne
Revue d’Odonto-Stomatologie / février 2009
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4- Henley J.D, Summerlin D.J, Tomich C.E. Condyloma acuminatum and condyloma-like lesions of the cavity : a study of 11 cases with an intraductal component.
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La revue du praticien 2006; 56 : 1889 - 1892.
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