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L. KISSI, KH. MOUKRAM, I. BEN YAHYA
Service d’Odontologie Chirurgicale,
Faculté de médecine dentaire de Casablanca. Maroc


RÉSUMÉ
Le carcinome verruqueux est une forme rare, de bas grade et bien différenciée de carcinome épidermoïde rencontrée sur les surfaces muqueuses et cutanées. Il s’agit d’une tumeur à croissance lente et localement agressive dont le traitement est chirurgical.
Le cas que nous présentons est celui d’un homme âgé de 43 ans, tabagique qui est venu consulter pour  une lésion végétante au niveau de la demi-lèvre inférieure droite.


Une biopsie-exérèse de la totalité de la lésion a révélé un carcinome épidermoïde de type verruqueux, infiltrant. Le patient a été adressé au service maxillo-faciale pour une prise en charge.

L’objectif de ce travail est de mettre le point sur les caractéristiques anatomo-cliniques particulières de cette tumeur maligne.
Mots clés : Carcinome verruqueux,  cavité orale, lésion exophytique.

INTRODUCTION  
Le carcinome verruqueux buccal (CVB) a été décrit pour la première fois par Ackerman en 1948 (1,2,3). Il représente 2 à 12 % de tous les carcinomes de la cavité buccale et touche 1 à 3 sujets par million d’habitants (4).
Il a une croissance lente et ne donne pas de métastase locale à distance. Il s’agit d’un carcinome de bas grade de malignité (1).
Il est associé à une morbidité importante du fait de son agressivité locale et des récidives fréquentes après traitement.
Nous rapportons le cas d’un carcinome verruqueux labial chez un homme d’une quarantaine d’années.

OBSERVATION
Il s’agit d’un patient de 43 ans, qui est venu consulter au service d’odontologie chirurgicale pour une lésion végétante au niveau de la demi-lèvre inférieure droite évoluant depuis 1 an.
A l’interrogatoire, le patient rapporte qu’il est tabagique avec un bon état général apparent.
L’examen clinique exobuccal a permis de noter la présence d’une lésion exophytique, bien limitée au niveau de la lèvre inférieure droite,  d’aspect verruqueux.
Par ailleurs, la lésion est indolore et souple à la palpation (Fig. 1).

 

La palpation des aires ganglionnaires n’a relevé aucunes adénopathies.
L’examen clinique endobuccal a révélé une hygiène bucco-dentaire défectueuse (Fig. 2).
Une biopsie-exérèse de la lésion a été réalisé (Fig. 3,4) dont l’examen anatomopathologique  a montré une muqueuse malpighienne siège d’un foyer papillomateux, acanthosique, hyperplasique, hyper-kératosique avec invagination de la kératine réalisant des kystes cornés. Le derme en regard est très inflammatoire siège d’un dense infiltrat riche en lymphoplasmocytes, histiocytes et granulocytes. La membrane basale épithéliale est grignotée par l’infiltrat inflammatoire et l’on observe quelques boyaux de cellules malpighiennes qui s’isolent au sein du chorion, sans membrane basale (Fig. 5).

Tous ces éléments histologiques ont conclu à un carcinome épidermoïde verruqueux infiltrant.
Le patient a été adressé au service maxillo-facial en vue d’une éventuelle prise en charge qui a consiste en une chirurgie associée à un curage ganglionnaire et à une radiothérapie.

 

Lésion exophytique bien limitée au niveau de la lèvre droite inférieure Hygiène bucco-dentaire défectueuse
Biopsie exérèse Aspect macroscopique de la lésion
 Aspect histologique de la lésion : carcinome épidermoïde verruqueux infiltrant


COMMENTAIRES
Le carcinome verruqueux buccal est une variété très différenciée de carcinome épidermoïde qui peut être rencontrée sur la peau et les muqueuses.
Il est relativement plus fréquent sur la muqueuse buccale, où il a été initialement décrit (3).
Le qualificatif verruqueux s’applique à une kératose épaisse, qui du point de vue clinique, donne à la palpation l’impression de rugosité en « langue de chat » et dont la surface, du point de vue histopathologique, est hérissée de saillies plus ou moins pointues « en toit » ou « en clocher d’église » (3).

 

C’est une lésion qui prête à confusion. Certains auteurs pensent qu’il s’agit d’une variante non invasive d’un carcinome épidermoïde, très bien différencié et de bas grade, avec une présentation clinique spécifique. D’autres le considèrent comme une entité propre et non une variante du carcinome épidermoïde, caractérisée par un pronostic favorable (4).  
L’âge moyen au moment du diagnostic est de 69 ans, avec une prédominance masculine (94,7%) (5).
La pathogenèse du carcinome verruqueux buccale fait débat (4).

Le tabac fumé, la noix de bétel, l’alcool, les produits chimiques cancérigènes et la mauvaise hygiène bucco-dentaire sont des facteurs de risque importants.
Une relation entre le carcinome verruqueux et le virus du papillome humain (HPV) est également documentée et en particulier les sous-types 16 et 18 surtout lorsque le carcinome verruqueux se développe au départ d’une lésion de leucoplasie verruqueuse (1,6).
Les lésions inflammatoires chroniques comme le lichen plan ancien et l’état post-lichénien pourraient aussi évoluer en carcinome verruqueux (4).
Cliniquement, il s’agit d’une lésion leucoplasique, exophytique, kératinisée, d’aspect verruqueux ou papillomateux, souple à la palpation, localement agressive et les limites sont nettes (cas de notre patient) (3,6).  
La lésion commence généralement par une hyperplasie verruqueuse.

Plus tard, elle devient végétante et ressemble cliniquement à une leucoplasie verruqueuse (7).
Les adénopathies réactionnelles loco-régionales sont fréquentes quand il existe une inflammation ou une surinfection. Pour notre patient, il n’existait pas d’adénopathies.
Le diagnostic est basé sur les caractéristiques cliniques, macroscopiques et microscopiques de la lésion (6).
Le diagnostic différentiel sur le plan histologique comporte les verrues vulgaires, les condylomes acuminés, le carcinome épidermoïde bien différencié, le kératoacanthome et l’hyperplasie verruqueuse (6).

L’aspect histologique montre une prolifération de l’épithélium  avec une surface kératosique ordonnée en projections papillaires exophytiques alternant avec des massifs épithéliaux grossièrement arrondis qui, en s’enfonçant dans le chorion, forment un « front d’invasion » rectiligne allant parfois jusqu’au voisinage du plan musculaire. La couche basale plus ou moins épaisse et pluristratifiée est formée de cellules à noyaux très chromatiques un peu inégaux, avec de nombreuses mitoses mais normales.

Il y a peu d’atypies cellulaires, une absence d’infiltration vasculaire ou nerveuse et un infiltrat lymphoplasmocytaire à la base de la lésion. Cet aspect est également retrouvé chez notre patient.
L’exérèse chirurgicale représente le traitement de choix pour les lésions de petite taille et bien limitées associée des fois à un curage ganglionnaire et une radiothérapie (Cas de notre patient) (4,5).

Le laser, la thérapie photodynamique, la cryochirurgie, l’immunothérapie et les rétinoïdes ont été utilisés, mais l’efficacité de ces traitements est controversée (4).
 La chimiothérapie serait efficace dans les formes étendues. La perfusion intra-artérielle de méthotrexate peut être utilisée pour réduire  la taille de la lésion (1,4). Quelque soit le traitement, une surveillance ultérieure, régulière et prolongée est indispensable (8).
Le pronostic est bon avec un taux de survie de 95% à 5 ans et de 83,4% à 10 ans  (4,9).

CONCLUSION
Le carcinome verruqueux est une tumeur maligne de bas grade, localement invasive et à faible potentiel métastatique et présentant la particularité d’être indolore et souple  à la palpation.
Son diagnostic est basé sur les caractéristiques cliniques et histologiques.
L’exérèse chirurgicale représente le traitement de choix pour les lésions de petite taille et bien limitées.
Le médecin dentiste a  un rôle dans le diagnostic précoce  de cette lésion afin d’orienter  le patient pour  une prise en charge précoce et  non invasive.

BIBLIOGRAPHIE
1. Berthon J-A,  Laurent D, Deschaumes C, SamsonJ, Martine B-P.
 Carcinoma cuniculatum de la cavite buccale : revue de litterature   
Méd buccale chirurgie buccale 2007, 13(1) :5-18
2. Kang CJ, Chang JT, Chen TM, Chen IH, Liao CT.
Surgical Treatment of Oral Verrucous Carcinoma.
Chang Gung Med J 2003, Nov 26(11): 807-12.
3. Chin-Ta L,  Chen SG,  Chen TM, Chang SC.
Rapid Recurrence and Transformation of Verrucous Carcinoma of Lower Lip.
J Med Sci 2012;32(6):301-303.
4. D’Elbée JM, Fricain JC.
Carcinome verruqueux buccal traité par méthotrexate
Med Buccale Chir Buccale 2014; 20:21-25.
5. Kumar RBV, Raj AC.
 verrucous carcinoma of lip - an unusual presentation.
Amrita Journal of Medicine July - Dec 2012 8(2):  1 – 44.
6. Lugassy G, Shaham R, Nemets A, Ben-Dor D, Nahlieli O.
 Oral verrucous carcinoma
Revue Med Brux 2012, 73: 7 – 9.
7. Montjean F, Evrard L, Magremanne M, Vervaet C, Louryan S.
Oral verrucous carcinoma
Rev Med Brux 2004; 25: 173-177.
8. Prabha S, Yadav M.
Verrucous Carcinoma of the Lip: An Unusual Kissing Type.
Dermatologic Surgery 2011; 37: 1023-1025.
9. Kuffer R, Lombardi T, Husson-Bui C, Samson J
La muqueuse buccale : de la clinique au traitement
Editions MED’COM 2009.

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