KH. KAOUN*, R. ZEROUAL* J.E. HERAUD**
* Faculté de médecine dentaire de Casablanca
** Faculté d’odontologie d’Aix Marseille


RÉSUMÉ
L’attachement magnétique se compose d’un ancrage radiculaire coulé dans un alliage ferromagnétique et scellé au niveau des racines restantes déjà préparées, le scellement se fait à l’aide d’un ciment à l’oxyphosphate de zinc. La rondelle métallique aimantée étant incluse dans une prothèse adjointe totale ou partielle réalisée d’une façon conventionnelle.

 

 

Les avantages de ce type de constructions sont incontestés. En effet, la résorption osseuse s’en trouve largement réduite, la proprioception est conservée et la rétention de la prothèse permet une élocution et une mastication plus aisées.

Mots-clés : Prothèse adjointe, overdenture, Attachements magnétiques, rétention, stabilité

La perte des dents entraîne une importante diminution des possibilités de rétention d’une prothèse aussi bien totale que partielle. Divers systèmes d’attachements peuvent être utilisés pour augmenter la rétention en prothèse totale et résoudre le problème en prothèse partielle causé par les crochets surtout au niveau du secteur antérieur (1,12). Une solution simple, très fiable et de haute qualité est la rétention assurée par des mini-aimants. Ces derniers garantissent une rétention excellente et durable et offrent la possibilité au patient ainsi qu’au praticien, de combattre d’une façon simple et efficace les problèmes de la stabilité des prothèses totales mandibulaires et le problème esthétique des crochets dans le cas d’une prothèse partielle coulée (7,12).

 

Photo 1 : présentation schématique de l’attachement magnétique (SOREMA)MATERIAUX MAGNETIQUES
Dans un aimant permanent, les lignes de force partent d’une extrémité appelée (pôle nord) pour se boucler à l’extrémité opposée (pôle sud). Il a la particularité d’attirer des corps métalliques ferromagnétiques.
Pour les éléments d’usage courant, seuls le fer, le nickel et le cobalt sont ferromagnétiques.
Si pour un corps magnéto-sensible, l’aimantation rémanente est perdue, après la mise en présence d’un champ magnétique, on dit qu’il est ferromagnétique doux.

Si au contraire, un corps conserve une aimantation rémanente importante, avec la mise en présence d’un champs magnétique, on dit qu’il est ferromagnétique dur : Il devient un aimant permanent.

Dans une rétention magnétique assurée par un aimant et sa chape, l’alliage métallique qui fournit l’énergie magnétique est un alliage dur et l’alliage qui permet la coulée de la chape est un alliage doux.
Les performances rétentives de l’attachement magnétique dépendent des caractéristiques des alliages ferromagnétiques durs, donc on va s’intéresser principalement à ce type d’alliage (1, 3).

PROTECTION DE L’AIMANT
Un aimant quelle que soit sa composition, ne peut être placé en milieu salivaire sans subir une corrosion sévère et un délitement à plus ou moins longue échéance. Il est donc indispensable de le protéger. Il est acquis d’employer une enveloppe généralement métallique et surtout biocompatible.

Dans sa conception cylindrique la plus simple, cette protection est réalisée en acier inoxydable amagnétique. C’est une enveloppe composée de deux hémi-coques serties et soudées afin d’assurer une étanchéité face à l’infiltration salivaire et évitant une activité corrosive même au contact des autres métaux dans la cavité buccale.
Fig. 1 : Circuits magnétiques (3)L’attachement ainsi réalisé est dit à "champ ouvert" car un seul pôle actif est utilisé (pôle N ou S), le bouclage du champ magnétique sur la chape se fait à travers le milieu environnant (fig. 1). Ce procédé de "champ ouvert" a l’avantage d’assurer la rétention magnétique même si le contact entre la chape et la prothèse est interrompu (1,2,3).

DESCRIPTION DE L’ATTACHEMENT
L’attachement magnétique est applicable sur des dents naturelles et sur des implants, soit dans le cas de prothèses totales ou dans le cas de prothèses partielles sur chapes, aussi bien au maxillaire qu’à la mandibule. Il est constitué de deux éléments : l’alliage et l’aimant. L’aimant est protégé contre la corrosion par une enveloppe rendue parfaitement hermétique grâce à l’utilisation des techniques de soudage au laser les plus récentes (3,5)

L’aimant dyna est un attachement utilisé par les Japonais. Il se présente sous la forme d’une petite pastille cylindrique encapsulée dans une protection en acier inoxydable. L’autre partie, celle scellée à la dent, peut être soit coulée au laboratoire avec un alliage magnétisable formé de palladium-nickel-cobalt, soit préfabriquée sous forme d’un tenon qui sera adapté aux racines à l’aide des forêts calibrés.


Les avantages de l’attachement :
L’utilisation de l’attachement présente les avantages suivants :
- Une charge pratiquement axiale donc parodontalement favorable sur l’élément pilier,
- Une rétention permanente,
- Pas de nécessité d’activer comme c’est le cas pour les crochets,
- Ne nécessite pas d’instruments et d’appareils spéciaux,
- Ne requiert pas un parallélisme rigoureux,
- Nécessite un simple rebasage,
- Pas de complication de l’hygiène buccale pour le patient,
- L’insertion de la prothèse est aisée du fait de l’aimant à "champ ouvert".

CHOIX DES RACINES CONSERVEES
En prothèse adjointe complète, la présence des racines participant à la rétention est conseillée par l’ensemble des auteurs, particulièrement à la mandibule. Il est préférable de conserver des racines symétriquement de chaque côté de l’arcade.

 En prothèse adjointe partielle, la rétention est assurée principalement par les dents supports de crochets. Dans les édentements antérieurs, la transformation d’une dent isolée en élément support d’attachement permet de résoudre efficacement le problème esthétique, toujours délicat posé par l’intégration d’une dent naturelle dans le montage des dents prothétiques.

Dans tous les cas, la dent conservée doit présenter un état parodontal satisfaisant avec une hauteur d’os résiduel suffisante pour résister durablement aux contraintes engendrées par l’attachement magnétique (6,7,8,9,10,11).
 
Fig. 2 : Préparation du logement canalaire (CCTD) Fig. 3 : prise d’empreinte à l’aide de la méthode directe
Fig. 4 : Les coiffes à tenons coulés au laboratoire à l’aide d’un alliage ferromagnétique Fig. 5 : Scellement des coiffes à l’aide d’un ciment à l’oxyphosphate de zinc
Fig. 6 :  Prothèse totale mandibulaire réalisée selon la technique classique Fig. 7 : Repérage en bouche de l’emplacement des coiffes sur l’extrados de la prothèse


APPLICATION CLINIQUE
1 - La dent support de coiffe à tenon doit être saine avec un état parodontal satisfaisant. en général une dent controlatérale est nécessaire :
- Préparation du logement de tenon après obturation endodontique (fig.2),
- Un avant trou destiné à assurer une meilleure jonction entre la chape et le tenon,
- La surface occlusale de la préparation terminée se situe approximativement à 1 mm du rebord marginal.
- L’empreinte est prise : il existe plusieurs méthodes :
La méthode directe avec la résine rouge DURALAY (fig.3).
La méthode indirecte avec la bague de cuivre qui permet une éviction gingivale (7,10).
2 - Les coiffes à tenon sont coulées au laboratoire à l’aide d’un alliage ferromagnétique fourni en même temps que les aimants (fig.4).
3 - Scellement des coiffes à l’aide d’un ciment à l’oxyphosphate de zinc (fig.5).
4 - La prothèse étant réalisée selon la technique classique (fig.6).
5 - Repérage de l’emplacement des aimants (fig.7)
6 - Perforation de la prothèse pour permettre la mise en place des aimants (fig.8)
8 - Centrage des aimants sur les coiffes en les séparant à l’aide d’un film en plastique pour éviter la fusée de la résine sur l’aimant (fig.9).
9 - La prothèse est garnie sans excès à l’aide d’une résine autopolymérisable (fig.10)
10 - Mise en place de la prothèse (fig. 11) Après la prise de la résine, les excès sont éliminés et l’intrados est poli à l’aide d’une cupule en caoutchouc (fig.12).

 

Fig. 8 : Perforation de la plaque base Fig. 9 :  Centrage des aimants sur les coiffes
Fig. 10 : La résine autopolymérisable est déposée sans excès au niveau de l’intrados de la prothèse Fig. 11 : Mise en place de la prothèse
Fig. 12 :  Prothèse finie avec les aimants scellés  


MESURES DE PRÉVENTION
- Hygiène buccale
Pour éliminer la plaque bactérienne du sillon gingivo-dentaire et de sa périphérie, on peut recommander au patient l’utilisation de brosse à dent à petites têtes et des bains de bouche inhibiteurs de plaque dentaire (chlorexidine)(5 ,7)
- Application de gel fluoré
- Entretien de la prothèse


CONCLUSION
En odontologie, il ne fait pas de doute que les attachements magnétiques sont amenés à se développer. La simplicité de leur utilisation ainsi que les nombreux avantages qu’ils procurent tant pour le praticien que pour le patient en sont les garants. Cependant, il est impératif de réserver ce type de restauration à des patients motivés à l’hygiène et coopérants, comprenant l’intérêt et la finalité de cette thérapeutique.

BIBLIOGRAPHIE

1- FORMENTIN O. Connexions axiales en prothèse adjointe complète supra-implantaire mandibulaire : critères de choix
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2- PIRNAY L. Les nouveaux aimants en prothèse dentaire
Cah. de proth. n°65 mars 1989 pp. : 63-71
3- LANIER J. La rétention par attachements magnétiques : application à l’implant
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4- LOUIS J.P. DABADIE M. Maintien de la proprioception desmodontale et des reliefs osseux sous les prothèses complètes: intérêt pour l’occlusion. L.Q.O.S. N° 22- 1981 pp 87-91.
5- LANIER J. L’attachement magnétique dans la prothèse partielle ou complète.
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6- ASSEMAT- TESSANDIER X. AMZALAG G. Prothèse supra-radiculaire avec attachements axiaux type "bouton- pression"
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7- BOUKHOBZA F. Les attachements sur implants mandibulaires en prothèse complète ( bouton-pression ou barre de conjonction) Act. Odont. Stomatol. n°206 juin 1999 pp189-196
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9- BURNS D.R. UNGER J.W. ELSWICK R. K., GIGLIO Prospective clinical evaluation of mandibular implant overdentures.
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J. prosth. Dent. 1995, 73 : 364-369
10- GANEM H.B. L’attachement zest : une nouvelle conception dans la rétention des prothèses supra-radiculaires ou "overdentures" Inf.dent. n°17 . 27 avril 1989 pp1357-1363
11- LOUIS J.P. Les prothèses complètes supra-dentaires : dents taillées et coiffes paraboliques. Inf.dent. n°28 14 juillet 1988 pp 2605-2615
12- AMZALAG G., BATAREC E., SCHOENDORFF R. BUCH D.,ASSEEMAT-TESSANDIER X. Prothèses supraradiculaires. Editions CDP (Paris) 1987

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