I. BEN YAHYA
Service d'odontologie chirurgicale
Faculté de Médecine Dentaire de Casablanca


RÉSUMÉ
L’application des mesures d’hygiène et d’asepsie au cabinet dentaire est une obligation éthique et morale pour les chirurgiens dentistes.

S’il y a quelques années , nous étions tous confrontés à des patients phobiques de la douleur, aujourd’hui, nos patients sont conscients des risques de contamination au cabinet dentaire, et réclament l’application rigoureuse de la chaîne d’asepsie que ce soit au fauteuil, vis à vis de l’instrumentation , des locaux qu’au niveau de la gestion des déchets.


Nous traitons à travers cet article, la protection individuelle qui représente un des aspects de l’hygiène et de l’asepsie au cabinet dentaire. Les autres aspects seront successivement abordés dans les prochains numéros de la revue.

Mots clés : Protection individuelle - Tenue professionnelle - Prévention de la contamination - Immunoprévention.


Durant ces dernières années, la pratique de la médecine dentaire a connu plusieurs changements parmi lesquels le contrôle de l’infection est le domaine le plus touché.

Il est indéniable que la transmission de certaines infections nosocomiales ou de pathologies potentiellement fatales telles que l’hépatite B, l’hépatite C, le S.I.D.A. et, à moindre degré, mais non moins négligeable dans notre pays, la tuberculose, puisse se faire à l’occasion de soins dentaires qui s’effectuent dans un milieu hautement septique.

En odontostomatologie, l’hépatite B présente un risque de transmission beaucoup plus élevé que dans les autres disciplines médicales. Ainsi, l’équipe soignante en pratique dentaire est 3 à 5 fois plus menacée, raison pour laquelle la vaccination est indispensable pour tous les étudiants en médecine dentaire, les chirurgiens dentistes, les assistantes dentaires et les prothésistes (1-4).

Le “ Center of Diseases Control and Prevention ” a rapporté en 1992, qu’approximativement 6800 personnes travaillant en contact avec le sang, deviennent infectées par le virus de l’hépatite B, 250 parmi elles, sont hospitalisées pour des complications aiguës, 100 meurent soit, à la suite de cirrhose , de cancer du foie ou d’hépatite fulminante (5).

Cette contamination peut survenir à la suite d’un contact direct d’une plaie cutanée avec la membrane muqueuse, la muqueuse percutanée, le sang, le liquide séminal ou la salive souillée.

En effet, le milieu dans lequel les chirurgiens dentistes interviennent , contient de la salive et plus précisément, une mixture de salive et de sang, riche en virus pouvant être à l’origine d’infections croisées (6).
La prévention de la contamination au cabinet dentaire repose sur la stricte observation des mesures d’hygiène.
Ces mesures sont universelles et élaborées par des organismes tel que le “Center for Diseases Control and prévention (C.D.C)”, “l’Occupational Safety and Health Administration (O.S.H.A.) ”, ainsi que “ l’American Dental Association (A.D.A.) ” qui appellent à l’application de mesures préventives de la contamination aussi bien bactérienne que virale, et ce, pour tous les patients vu le nombre de porteurs asymptomatiques (7-13).

Ces mesures de prévention regroupent quatre points aussi importants les uns que les autres :

- les mesures de protection individuelle,
- le traitement du matériel médico-chirurgical,
- l’hygiène au fauteuil, et
- la gestion des déchets.

Nous nous limiterons dans ce numéro à traiter les mesures de protection individuelle. Les autres volets de l’hygiène au cabinet dentaire seront successivement abordés dans les prochains numéros de la revue.
Les mesures de protection individuelles regroupent : le port de protections individuelle efficaces ( tenue professionnelle, gants ,masques et lunettes), la protection chimique par le lavage et l’antisepsie des mains, l’immunoprévention par la vaccination et , les procédures en cas d’accidents d’exposition au sang.

LA TENUE PROFESSIONNELLE
Elle doit être complète et constituée d’une blouse, d’une tunique, d’une coiffe et de chaussures autres que les chaussures de ville.
Elle doit offrir au praticien et à son environnement immédiat une protection optimale , c’est à dire qu’elle doit être suffisamment longue recouvrant le maximum de surface corporelle , et suffisamment imperméable aux liquides que sont le sang, la salive et les projections.
La tenue professionnelle ne doit être portée que dans l’enceinte du cabinet dentaire, changée une fois par jour sinon une fois souillée, et lavée de préférence au cabinet dentaire.
Lorsque ce nettoyage est réalisé à domicile , la tenue professionnelle doit être transportée dans un sachet imperméable et lavée isolément à l’aide d’un détergent et l’eau à 90° (13-16).


LES LUNETTES
LunettesLes risques de transmission par voie oculaire des maladies telles que l’herpès, et l’hépatite B existent et sont largement décrits à travers la littérature.
L’irritation mécanique occasionnée par les projections de débris , de gouttelettes ou d’aérosols dans les yeux provoque souvent une conjonctivite pouvant être à l’origine d’interruption de travail de 7 à 14 jours.

Les lunettes de protection doivent être larges avec des bords épais et arrondis auxquels peuvent être adaptés des lunettes de correction. Ces derniers ne dispensent pas du port de lunettes de protection ,car ils ne sont pas efficaces.
Entre deux patients, la désinfection de ces lunettes à l’hypochlorite de sodium dilué au 1/10e ou à l’alcool est indispensable (12,13,15-18).


LE MASQUE

La contamination aéroportée est un fait. Elle se fait au travers des gouttelettes des aérosols émis par les appareillages dentaires (turbines, microtours, seringues multifonctions, spray de refroidissement…) et des gouttelettes de flügge.
Ces dernières sont des émissions bucco-pharyngées provenant de la parôle ou d’un éternuement chargées de bactéries qui errent en suspension dans l’atmosphère du cabinet dentaire. Elles sont d’autant plus nocives qu’elles sont fines, proches du récepteur (que peut être le patient ou le praticien), ou bactériologiquement contaminantes par exemple provenant de la cavité buccale d’un patient atteint de parodontite aiguë terminale (19).

Le masque était initialement destiné à la protection des patients de la transmission par voie aérienne des bactéries pathogènes. Aujourd’hui, pour toutes les raisons énoncées précédemment et pour une meilleure prévention de l’aérocontamination, le praticien se doit de porter des masques lors de l’examen et des soins des patients.
Les masques doivent avoir une capacité de filtration bactérienne et virale supérieure à 95% c’est à dire , qu’il doivent être capables de bloquer les aérosols et les particules de sang , de salive et de débris.
Ils doivent être changés au bout d’une heure ou après les soins pour chaque patient (5). Dans le cas où , ils ont été humidifiés par les aérosols, ils devront être changés après 20 minutes , car passé ce délai, ils deviennent inefficaces (10,11,14).

L’HYGIÈNE DES MAINS ET LE PORT DES GANTS
Hygiène des mainsLe lavage des mains et l’antisepsie hygiénique permettent d’éliminer les agents amicrobiens des mains.
De plus, ils constituent d’importantes mesures de prévention du risque de transmission manuportée d’une personne à une autre ou d’un site à un autre chez un même patient.

Le lavage des mains qui ne dispense pas du port des gants peut être soit simple, hygiénique ou chirurgical (17).
Il doit être réalisé avant et après le port des gants , avant tout geste aseptique de chirurgie osseuse ,parodontale ou endodontique et après tout geste septique tel que le drainage d’une collection suppurée . Ce lavage des mains par un savon liquide (car le pain de savon retient les micro-organismes), doit être poursuivi par un séchage à l’aide d’un essuie-mains à usage unique.

De plus, quel que soit le type de patient traité, le praticien et son équipe doivent porter systématiquement des gants à usage unique soit en latex dont la perméabilité aux virus est de 1 %, soit en vinyle. Les gants de ménage sont réservés au personnel chargé du traitement du matériel médico-chirurgical et à l’entretien des locaux de soins (7,10-15).

DIGUE ET ASPIRATION CHIRURGICALE

Digue et aspirationSi le rôle de la digue se limitait autrefois à l’isolement de la ou des dents du reste de la cavité buccale, aujourd’hui ,elle joue un rôle important dans le contrôle de la contamination due aux aérosols et aux projections septiques.
L’aspiration chirurgicale au même titre que la digue, permet la réduction des aérosols et des gouttelettes riches en micro-organismes et donc la réduction de l’aérocontamination (13).

MANIPULATION D'INSTRUMENTS TRANCHANTS ET PIQUANTS
Manipulation instruments tranchantLes lésions , par les instruments lacérants constituent la cause essentielle de transmission professionnelle de l’infection. Aussi, les lames de bistouri et tout instrument tranchant doivent être manipulés prudemment afin de prévenir tout accident de blessure.
 
Au cours des traitements dentaires, les praticiens sont souvent amenés à réaliser plusieurs injections pour un même patient. Aussi, recapuchonner l’aiguille après usage est impératif pour prévenir les blessures accidentelles. Le recapuchonnage à deux mains est proscrit et remplacé par les kits seringues aiguilles à coulisseau ou par des appareillages équivalents ou encore, par une méthode non onéreuse, celle qui consiste à recapuchonner l’aiguille avec une seule main, le miroir bloquant le capuchon de l’aiguille (2, 14, 18, 22).
Les accidents d’exposition au sang sont réels et doivent être déclarés dans les 24 heures et poursuivis de tests sérologiques.
Actuellement au Maroc , le Ministère de la Santé Publique diffuse largement la conduite à tenir face aux accidents d’exposition au sang .

L’IMMUNOPREVENTION
Au cabinet dentaire et dans les structures hospitalières, la contamination par voie parentérale et principalement nosocomiale constitue un risque plus important que dans les autres catégories socioprofessionnelles.
Le risque de contamination du patient, du praticien et de son personnel soignant par des pathologies existe et n’est pas virtuel.
Cette voie de contamination concerne des pathologies à risque infectieux élevé telles que l’hépatite B, l’hépatite C, le SIDA et l’herpès.

En principe, le personnel médical et paramédical exerçant dans une structure privée ou publique devrait satisfaire aux vaccinations contre l’hépatite B, la grippe, la diphtérie, la poliomyélite et à l’intradermo-réaction à la tuberculine (19). A ce titre, selon une enquête épidémiologique transversale menée en 1998 auprès des chirurgiens dentistes du Maroc, sur le risque professionnel concernant l’hépatite B, 77,6 % des chirurgiens dentistes se sont révélés vaccinés (23). Les résultats ont été confirmés par une enquête nationale menée à la même année dont l’objectif et ait d’évaluer l’hygiène et l’asepsie appliquées dans les cabinets dentaires privés du Maroc. En effet, les résultats ont relevé que 74% des praticiens étaient vaccinés contre l’hépatite B, et 39,4% des assistantes l’étaient aussi (24). En l’absence de moyens immunitaires de prévention de la contamination de l’hépatite C et du S.I.D.A., l’application des règles d’hygiène et d’asepsie reste le moyen le plus fiable –lorsque appliqué avec rigueur– de prévention de la contamination pour le patient, le praticien, son équipe soignante et leur entourage.


CONCLUSION
La protection individuelle au cabinet dentaire fait partie intégrante d’un protocole de prévention de la contamination virale et bactérienne, que tout praticien chirurgien dentiste, se doit d’appliquer avec rigueur au sein de son cabinet dentaire . Il se doit également de veiller à ce que ce protocole dont les divers volets sont indissociable soit respecté et appliqué par son personnel .

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24- Halal S., Karim H. : Enquête épidémiologique nationale sur l’hygiène et l’asepsie au sein des cabinets dentaires privés au Maroc.
Thèse de doctorat en médecine dentaire Casablanca, 1998 n°33/34
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