Professeur Belkhir

Pr. Mohamed SÉMIR BELKHIR
- Diplôme de chirurgien dentiste à Bordeaux en 1972
- Diplôme de docteur en chirurgie dentaire à Bordeaux en 1986
- Assistant hospitalo-universitaire en odontologie conservatrice à la faculté de médecine
dentaire de Monastir en 1981
- Maître de conférence agrégé en 1987
- Professeur hospitalo-universitaire en 1993
- Chef de Service d’odontologie conservatrice à la clinique dentaire de Monastir depuis 1990
- Responsable de l’enseignement de l’O.C. depuis 1981
- Membre de l’International Association for Dental Research depuis 1986.


Le Courrier du Dentiste : Que pensez vous de la médecine dentaire dans les pays du Maghreb et en Tunisie en particulier ?
Pr. M. SÉMIR BELKHIR : Durant les 20 dernières années, la médecine dentaire a énormément évolué de par le monde.
L’apport de la technologie, l’apparition de nouveaux biomatériaux plus compatibles et l’amélioration de nos concepts thérapeutiques ont fait rentrer la médecine dentaire en plein 21ème siècle.
A côté de cela les nouvelles technologies de l’information et de la communication, le développement d’Internet font que l’Information circule vite, très vite et partout. Nul ne peut prétendre être isolé du monde.
Alors est-ce que les praticiens maghrébins suivent ce pas ? je pense que, comme partout dans le monde, certains se remettent continuellement en cause et d’autres dorment sur leurs lauriers.

Nous ne devons pas oublier non plus le niveau social de notre société, les bons soins coûtent souvent cher et risquent, malgré la compétence du praticien, d’être réservés à une certaine clientèle.
Actuellement la couverture sociale devient vitale. Ceci reste valable aussi pour la Tunisie.
Je pense que nous pouvons diviser les confrères en 3 catégories :
La 1ère comprend ceux qui, une fois leur diplôme en poche, vont exercer leur activité, se faire une clientèle et rester fidèles (plus ou moins) à ce qu’ils ont appris. Pas de recyclage pour eux ; s’ils se déplacent à un congrès c’est surtout pour le tourisme.

La seconde comprend des praticiens qui participent aux manifestations scientifiques, se mettent au courant des nouveautés mais ne les appliquent que peu ou prou. C’est la grande majorité.
Enfin la 3ème comprend une majorité qui se met au diapason du progrès et essaie d’appliquer les nouveautés dans sa pratique quotidienne, ou du moins de les adapter à son environnement.
A ce sujet 2 exemples sont frappants : l’anhydride arsénieux (le fameux rétro) et le tire-nerf.
Malgré tout le mal qu’on a dit d’eux, ils restent les plus utilisés de tous. D’ailleurs j’ai bien apprécié l’article de l’équipe de mon ami le professeur Benzarti paru dans " le Courrier du Dentiste " N°11 et surtout son titre : " la fusée arsenicale dispose toujours d’une base de lancement au Maroc ". Hélas, elle en possède aussi en Tunisie.

LCDD : Le congrès maghrébin est à sa 8ème édition, que peut-on dire de son apport à la médecine dentaire dans le Maghreb ?
Pr. M. S. B : J’espère que l’apport du congrès maghrébin soit très positif pour la médecine dentaire maghrébine.
Il permet une réunion de l’élite maghrébine et donc un échange d’expérience et d’idées assez enrichissant.
En tant qu’enseignant, c’est une manifestation qui nous permet de faire le point sur notre niveau et de nous situer par rapport au reste du monde.
Toutefois, tant qu’il n’y aura pas de véritable coopération inter Facultés avec échange d’enseignants voire d’étudiants de 3ème cycle, cet apport restera limité.
Les Doyens de nos différentes Facultés sont d’accord sur ce point, le tout est d’avoir le courage de l’appliquer.

LCDD : Quels sont les sujets les plus pertinents qui ont été abordés ?
Pr. M. S. B : Avec un programme scientifique très riche comprenant 5 conférences, environs 96 communications et 38 posters tous les sujets ont été abordés. Il y en a eu pour toutes les disciplines et tous les goûts.
L’implantologie reste toutefois le sujet le plus attractif.
Par contre un volet qui a été presque totalement ignoré : celui de l’hygiène et des règles de l’asepsie, et c’est dommage.

LCDD : Quelles sont les nouveautés thérapeutiques pour le secteur antérieur ?
Pr. M. S. B: Qui dit secteur antérieur dit beauté, vitalité et jeunesse. Ce sont des atouts actuellement nécessaires pour réussir sa vie familiale et professionnelle.
L’apport des résines composites avec le collage amélo-dentinaire est aujourd’hui universellement admis. Les nouvelles techniques de stratification permettent d’avoir un rendu esthétique parfait. Le professeur Youssef Haikel en a magistralement présenté les qualités et avantages.
Seulement, une technique si minutieuse, si longue et sophistiquée est obligatoirement onéreuse, et risque donc de faire pencher le choix vers les restaurations en céramiques. C’est un point de vue que je partage avec le professeur Robert Azzi.

Les techniques de blanchiment ont aussi énormément évoluées, avec un protocole non irritant et le respect de certaines règles, les risques de résorption sont devenus presque nuls.
Le blanchiment des dents vitales est encore d’actualité et sûrement pour longtemps. Les dents fluorées nous intéressent particulièrement, plusieurs protocoles nous permettent de traiter esthétiquement cette pathologie fréquente au Maghreb. Toutefois je préfère le terme d’éclaircissement à celui de blanchiment, il est plus proche de la réalité car les tissus durs dyschromiés répondent plus ou moins bien aux techniques existantes.
Enfin, face à la perte d’une dent antérieure, l’implantologie reste l’indication de choix : c’est le moyen le moins mutilant et le plus sûr qui existe actuellement.

LCDD : Le 8ème congrès maghrébin a été un réel succès, combien avez-vous eu de participants ?
Pr. M. S. B : Je suis content de vous entendre dire que ce congrès a été une réussite. Le bureau de la STOS a mis le paquet afin que cette manifestation soit une grande fête de la médecine dentaire maghrébine.
Le taux de participation a été supérieur à 500 personnes, ce qui est un record.
Rappelez vous la séance inaugurale, la salle était préparée pour recevoir 400 personnes et beaucoup n’ont pas trouvé de sièges, et ce n’est que le premier jour.
Personnellement je suis très content de ce taux de participation.

LCDD : On imagine que l’organisation d’un tel congrès n’est pas chose aisée. Avez-vous eu des difficultés à mettre en place cette manifestation de grande envergure ?
Pr. M. S. B : Nous avons eu des difficultés lors de l’élaboration du programme scientifique : difficultés de communication avec la Libye et la Mauritanie : le fax et le téléphone étant trop capricieux.
Le choix de l’hôtel ou plutôt du groupe hôtelier n’a pas été difficile : c’est le seul qui possède un palais des congrès répondant à toutes nos exigences tant sur le plan scientifique que sur le plan espace d’exposition pour les laboratoires.
Nous avons ensuite eu le fameux problème d’hébergement des communicants et des congressistes : la direction de l’hôtel ne s’attendait pas à un pareil nombre de participants.
Heureusement que tout est rentré dans l’ordre et tous les confrères ont été hébergés sur le lieu du congrès.
Quant au reste : programme, affiches, secrétariat, audiovisuel, exposition etc …, notre équipe est bien rodée et a pu s’en sortir sans problèmes.
Heureusement que nous avons commencé à préparer le congrès depuis un an, ainsi rien n’a été laissé au hasard.

LCDD : Est ce que les participations des différents pays du Maghreb a été équilibrée ?
Pr. M. S. B : C’est plutôt un équilibre relatif. La présence des Tunisiens est, de par la force des choses très importante, celle des Algériens aussi : environ une centaine, les Libyens presque une quarantaine, les Marocains environ 20 et 3 mauritaniens.
C’est la première fois où les représentants des 5 pays du Maghreb se retrouvent ensemble.
Espérons qu’il en sera toujours ainsi.

LCDD : Peut-on penser à une organisation ou à mettre en place un comité spécifique maghrébin pour cette rencontre maghrébine ?
Pr. M. S. B : Si nous tenons à la pérennité de notre congrès maghrébin nous devons penser à l’instituer de manière judicieuse. La mise en place d’une charte et d’un comité spécifique (par exemple un comité scientifique) permanent sont nécessaires. Nous devons sortir de l’empirisme actuel, dépasser le cadre de sociétés scientifiques nationales pour évoluer vers une structure maghrébine compétente, représentative et puissante.
Je crains, hélas, que ce ne sera pas pour demain.

LCDD : Quelles sont les conclusions tirées à travers le congrès ?
Pr. M. S. B : La qualité du programme scientifique : c’est le cauchemar de tout comité scientifique car il est en présence d’un dilemme : soit ne sélectionner que les interventions dites de qualité, soit accepter toutes les propositions. L’expérience m’a appris à me méfier de tout type de sélection : en effet je défie quiconque d’apprécier à sa véritable valeur et à partir d’un résumé de 10 ou 15 lignes et plus ou moins édulcoré, une communication et la juger comme : excellente, acceptable ou inacceptable. D’autres critères seront inévitablement pris en considération, et ces critères ne seront jamais objectifs. Seuls les travaux de recherche présentés selon la structure IMRED peuvent être évalués. Hélas ce système n’est pas encore entré dans nos habitudes.

Après tout, même les grands congrès tel celui de l’ADF comprennent des interventions de haut niveau et d’autres de qualité vraiment médiocre. Donnons donc à nos confrères les moyens et l’occasion de s’exprimer et de faire étalage de leurs travaux, et ainsi la qualité s’installera progressivement et inévitablement.
Autre point très important : le respect de nos engagements : si nous tenons à l’image de notre congrès nous devons honorer notre contrat : en effet, il est pénible de constater que des interventions acceptées dans le programme scientifique ne soient pas présentées.
C’est un manque de respect pour tous les congressistes. Je suis pour des sanctions comme cela se passe par exemple à l’IADR : un auteur ne présentant pas son travail ne sera plus autorisé à en présenter.
Le niveau de la médecine dentaire maghrébine est bon. Le praticien a les moyens de faire des soins de qualité, l’enseignant a la capacité de donner une formation complète et moderne. Toutefois, la formation continue doit devenir une obligation pour tous.
L’isolement est néfaste.

LCDD :
Le mot de la fin.
Pr. M. S. B : Le congrès maghrébin est un acquis pour nous tous. Nous devons œuvrer pour lui donner une charte et une organisation spécifiques afin de l’adapter au nouveau siècle qui s’ouvre à nous. Nous devons tous agir pour sa réussite quel que soit le lieu où il sera tenu.

Propos recueillis par Redouane MOUDEN

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