H. CHHOUL, R. AMEZIAN
Service de pédodontie
C.C.T.D C.H.U Ibn Sina – Rabat


RÉSUMÉ
La dent surnuméraire est une anomalie de nombre plus fréquente en denture permanente qu’en denture temporaire. Elle se situe la plupart du temps, dans la région incisive du maxillaire supérieur.
La dent surnuméraire revêt une grande variété de forme. Elle peut se manifester de différentes façons : de la plus évidente (dent sur l’arcade) à la moins soupçonnée (dent incluse). Très souvent, elle fera l’objet d’une découverte fortuite à la radiographie.
 
Les radiographies prises sous plusieurs incidences sont des documents indispensables à l’établissement d’un diagnostic puis à la prise de décision thérapeutique qui peut soit être l’abstention thérapeutique ou l’extraction suivie, dans certains cas, d’un traitement orthodontique.
Mots-clés : La dent surnuméraire - anomalies de nombre - radiographies – thérapeutiques

Fig. 1 : Rétro-alvéolaire montrant une dent surnuméraire située entre les deux incisives centrales supérieuresLa dent surnuméraire est un organe dentaire parfaitement constitué. Sa forme peut être normale reproduisant celle des autres dents de la série en cause ou conoïde (1,2,3).
La dent surnuméraire représente environ 1 à 2 % des anomalies cliniques observées. Elle est plus fréquente chez le sexe masculin que le sexe féminin.
En règle générale, elle est située dans la région incisive du maxillaire supérieur, plus rarement dans la région prémolaire ou molaire.

Dans 80 % des cas, elle a une situation médiane entre les deux incisives centrales supérieures.

- Le terme de mésiodens désigne une dent surnuméraire souvent conoïde située entre les incisives centrales maxillaires ou juste derrière elles (1,4,5,6) (Fig.1),
- Le terme paramolaire désigne une dent surnuméraire évoluant sur l’arcade derrière la première ou la deuxième prémolaire ou entre la première et la deuxième molaire ou exceptionnellement entre la deuxième et la troisième molaire (7,8) (Fig.2),
- Le terme d’odontoïde est utilisé pour un organe qui a l’aspect, la forme ou la texture d’une dent (9) (Fig. 3,4 ),
- La dent supplémentaire est réservée à la dent qui par sa forme, se rapproche beaucoup du type normal des dents de la série dont elle est voisine (7) (Fig.5).
 
Fig. 2 : Panoramique montrant une dent surnuméraire, para molaire située derrière les deux prémolaires supérieures et un mesiodens supérieur Fig. 3 :  Dent surnuméraire située en dehors de l’arcade. Il s’agit d’un mesiodens de forme conoïde situé derrière les incisives maxillaires
Fig. 4 : Dent surnuméraire extraite . La racine et la couronne  parfaitement formées Fig. 5 : Une petite fille de 8 ans avec une incisive latérale mandibulaire gauche supplémentaire, située en dehors de l’arcade engendrant des problèmes esthétiques

 

ASPECTS CLINIQUES
Les dents surnuméraires peuvent être sur l’arcade, en dehors d’elle, ou encore incluses, parfois même dans des régions atypiques (fosses nasales, sinus maxillaires, bord mandibulaire etc. ) (10,6).
Quand la dent surnuméraire a fait son éruption, on peut noter un défaut d’alignement des dents, entraînant une modification de l’articulé dentaire et des rétentions alimentaires (11).

C’est ainsi que nous pouvons être en présence de complications :
- esthétiques : chevauchement, malposition, rotation et ectopie, (Fig.5),
- mécaniques : un mauvais articulé peut se répercuter sur le fonctionnement de l’ATM et peut être source d’irritation au niveau de la langue et des joues, à type de morsures allant jusqu’à l’ulcération,
- infectieuses: les malpositions compliquent les règles d’hygiène. Les dépôts de plaque et de tartre sont importants, engendrant caries et gingivites au niveau de tout le secteur concerné (3,11).

Quand la dent surnuméraire reste incluse, l’anomalie peut passer inaperçue ou être découverte fortuitement lors d’un examen radiologique. Elle peut aussi faire l’objet de manifestations cliniques diverses qui seront le plus souvent des complications inhérentes à sa présence. Le patient sera amené à consulter à la suite :
- d’un retard ou de l’absence d’évolution de la dent permanente (Fig.6a, 6b ),
- d’une persistance de dents temporaires,
- de malpositions diverses (Fig.7a),
- de la présence de tuméfaction en rapport avec un kyste folliculaire.

Dans la région molaire et prémolaire la symptomatologie de la dent surnuméraire incluse reste pauvre (12,13).
Bien à part sont les dents surnuméraires décrites avec les grands syndromes génétiques (dysplasie cleïdo-crânienne, syndrome de Gardner ) où la présence de dents surnuméraires multiples fait partie intégrante du syndrome (6).

 

Fig. 6a : Vue endo buccale : un petit patient de 9 ans présentant un retard  d’évolution des incisives centrales supérieures  permanentes Fig. 7a : Petite fille de 11 ans avec une dent surnuméraire située sur l’arcade entre 12 et 13
Fig. 6b : La rétro-alvéolaire montrant la présence de deux dents surnuméraires  causant la  rétention de la 11 et de la 21 Fig. 7b :  Au vue de la rétro alvéolaire la 11 est retenue par un mesiodens. La décision thérapeutique a été l’extraction de la 11 et du mesiodens avec conservation de la dent surnuméraire de forme anatomique normale. L’orthodontie permettra la correction des malpositions

 

ASPECTS RADIOLOGIQUES
L’examen radiologique est fondamental, il confirme le diagnostic de la dent surnuméraire, et oriente la démarche thérapeutique. Les méthodes radiographiques employées sont classiques, mais doivent être multiples.
Le bilan radiographique peut comprendre les incidences suivantes (6,9,10,11) :
- intra-orales : films rétro-alvéolaires, mordu occlusal,
- extra- orales : panoramique et/ou télégraphie de face ou de profil,
- Une tomodensitométrie peut être nécessaire en seconde intention si on soupçonne des rapports étroits avec les organes voisins, comme le sinus maxillaire, les fosses nasales ou les orbites ou si toutes les autres incidences laissent un doute quant à la position de la dent surnuméraire (6,9).

APPROCHES THERAPEUTIQUES
La conduite à tenir face à une dent surnuméraire sera de deux sortes :
- abstention thérapeutique,
- extraction suivie, dans certains cas, de traitement orthodontique.
Dans les deux cas de figures le but recherché est de supprimer les perturbations causées par la présence de la dent surnuméraire.
En cas d’abstention thérapeutique la dent surnuméraire est sur l’arcade, elle offre les avantages d’une dent permanente normale (absence : de rétention alimentaire, de troubles d’articulé, de troubles de l’esthétique) (11). Chez l’enfant, de tels cas demandent à être suivis pendant la croissance.
La décision de conserver la dent surnuméraire peut aussi être prise quand le germe de la dent permanente semble avoir peu de chance d’évoluer normalement (11) (Fig.7b).

Aussi dans le cas où coexiste une agénésie pour un éventuel transfert du germe surnuméraire dans le site de l’agénésie (14).
La dent surnuméraire incluse découverte fortuitement pourra quant à elle être conservée si elle est profondément incluse, rendant l’avulsion délicate avec des risques de lésions des dents voisines, ou d’autres organes (11,15).
La conservation de telle dent est décidée avec l’accord du patient qui sera soumis à des contrôles réguliers.
L’extraction de la dent surnuméraire est indiquée si sa présence provoque les troubles précédemment décrits. Dans la plupart des cas, nous serons confrontés aux malpositions ou aux problèmes de rétention de dent permanente qui suivent l’avulsion de la dent surnuméraire. La correction de ces troubles sera réalisée grâce aux techniques orthodontiques (11,12,14,16).

CONCLUSION
Le premier réflexe du praticien est de compter et d’identifier les dents de tout nouveau patient.
L’examen clinique minutieux devra systématiquement s’accompagner d’examens radiologiques appropriés, qui permettront de détecter et de localiser la ou les dents surnuméraires.
Si l’avulsion reste le traitement de choix dans la plupart des cas, il ne faut pas écarter l’abstention thérapeutique qui peut rendre beaucoup de services au patient à condition que celui-ci se soumette à des visites de contrôles régulières.

BIBLIOGRAPHIE

1- F. BASSIGNY. " Les défauts d’éruption des incisives centrales supérieures : causes connues et méconnues ". Rev. Orthop.Dento Faciale 24, PP83-98,1990.
2 - C-.J. BOLENDER. " Prévention chirurgicale des dysmorphoses (extractions, germectomies, frénectomies, etc). EMC 23405 C10, pp1-9,1992.
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4 - J. C. AJACQUES " Anomalies dentaires ". EMC 22032 - H-10, PP 1-16, 1993.
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14 - G.SCHNECK,J. RECOINK, D.PLANTIER,J-.E. LACHAUX. " Malposition intra-osseuse des germes dentaires : traitement chirurgical, résultats ". Revue orthop. Dento faciale . 24,pp221-233, 1990.
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