H. HAMMOUDA ; M. RTIBI ; I. MEDHIOUB ; N. BEN BELGACEM ; A. ZINELABIDINE 

Service d’orthopédie dento-faciale, CHU Farhat Hached, Sousse

Faculté de Médecine dentaire de Monastir

Université de Monastir, Tunisie.

 

RÉSUMÉ

Introduction : La transposition dentaire est une anomalie de faible prévalence définie comme «une dent évoluant sur l’arcade à la place d’une dent». Cette anomalie de position peut être complète ou incomplète. Elle représente une difficulté pour l’orthodontiste qui essayera de la traiter d’une manière la plus convenable possible.

 

Observation : il s’agit d’un patient âgé de 15 ans en bon état général, le motif de consultation était esthétique et fonctionnel : la position ectopique de la canine maxillaire gauche.

A l’examen clinique et radiologique, nous avons noté la présence d’une transposition unilatérale entre l’incisive latérale maxillaires gauche et la canine maxillaire gauche.

 

Conclusion : Dans cet article, nous allons mettre l’accent sur les transpositions de canines maxillaires, en allant des étiologies jusqu’aux solutions thérapeutiques envisageables, tout en illustrant par un cas Clinique.

 

Mots clés : Transposition dentaire, incisive latérale, canine, mini vis, élastiques.

 

DÉFINITION

La transposition dentaire a été décrite pour la première fois par Harris (1) comme l'échange de position de deux dents adjacentes dans le même quadrant. Cette dernière peut être décrite comme complète lorsque les couronnes et les racines des dents concernées sont complètement interchangées et comme incomplète lorsque seule la position des couronnes des dents concernées est modifiée, tandis que leurs racines restent dans leur position normale (2).

 

Malgré que la correction de cette malposition ne soit pas toujours réalisable, l’utilisation du cone beam comme moyen de diagnostic et les mini vis comme moyens thérapeutiques ont amélioré la prise en charge en donnant des options thérapeutiques supplémentaires (3).

 

ÉPIDÉMIOLOGIE

La transposition dentaire est un phénomène relativement rare (prévalence de 0,33 %) (4) plus fréquemment observée chez les femmes (5) et dans le maxillaire que dans la mandibule. La transposition canine unilatérale est plus fréquente (79 %) et plus répandue du côté gauche (69 %) (6).

 

Peck et al. (7) ont classé les transpositions comme suit : 

1- canine maxillaire - première prémolaire, 

2- canine maxillaire - incisive latérale, 

3- canine maxillaire - première molaire, 

4- incisive latérale maxillaire - incisive centrale, 

5- canine maxillaire - incisive centrale, 

6- incisive latérale mandibulaire - canine.

 

ÉTIOLOGIE

L'étiologie de la transposition n'est pas très claire et a toujours fait l'objet de controverses, et elle n'est toujours pas complètement comprise.

 

En effet, plusieurs facteurs ont été impliqués dans ce phénomène, notamment des facteurs génétiques, un changement de position de la lame dentaire pendant l'odontogenèse, un traumatisme, des interférences mécaniques et la perte précoce des dents primaires (8).

 

La transposition dentaire peut également s’accompagner avec d'autres anomalies dentaires telles que l'agénésie dentaire et les incisives latérales riziformes (9).

 

Le diagnostic est généralement posé cliniquement ; toutefois, des radiographies (radiographie panoramique et Cone beam) peuvent être nécessaires pour confirmer la gravité de cette anomalie dentaire.

 

TRAITEMENT

La transposition dentaire peut affecter n'importe quelle dent et peut se produire à n'importe quel secteur de l'arcade dentaire, bien que certaines dents puissent être plus fréquemment touchées que d'autres notamment la canine maxillaire qui présente le pourcentage le plus fréquent de cette malposition (10).

 

De nombreux auteurs pensent que la prise en charge idéale consiste à corriger complètement les dents transposées dans leur position normale. 

Toutefois, cela peut ne pas être possible dans de diverses situations cliniques.

 

En effet, Lors du traitement d'une transposition dentaire, de nombreux facteurs pouvant affecter les résultats du traitement doivent être pris en compte, tels que l'esthétique, l'occlusion, la durée du traitement, le confort du patient, la coopération du patient et le support parodontal (11).

Différentes options de traitement sont actuellement disponibles pour le traitement de la transposition dentaire, comme l'alignement des dents transposées dans leur position actuelle, l'extraction d'une des dents transposées ou la correction orthodontique de cette malposition (12).

 

OBSERVATION CLINIQUE

Il s’agit d’un patient âgé de 15 ans qui a consulté le service d’orthopédie dento-faciale à l’EPS Farhat Hached à sousse pour un motif esthétique et fonctionnel (Ectopie de la canine maxillaire gauche).

 

L’examen exobuccal de face montre un parallélisme des lignes horizontales et une symetrie faciale.

 

L’examen exobuccal de profil montre un profil droit trans-frontal, une distance cervico-mentonnière de 4 doigts, une égalité des étages et un angle naso-labial de 90° (Fig.1).

 

 

Fig 1 : Photographies exobuccales avant le traitement (de face et de profil).

 

 

Fig 2 : Photographies endobuccales avant le traitement.

 

 

 

L’examen endobuccal montre un palais large, une mandibule en forme de U, une classe I d’Angle canine et molaire, overjet de 1mm, overbite de 3 mm, une coïncidence des milieux inter-incisifs et une transposition complète entre la 23 et la 22 (Fig.2). 

- Une téléradiographie de profil sur laquelle nous avons fait un tracé céphalométrique qui nous a permis de poser le diagnostic squelettique et alvéolaire de la malocclusion (Fig.3 et 4) (Tableaux 1 et 2).

 

Fig 3 : Radiographie panoramique et téléradiographie de début de traitement.

 

 

Fig 4 : Cone beam montrant le rapport entre la 23 et la 22.

 

 

 

Tableau 1 : Les valeurs angulaires issues de l’analyse de Tweed.

 

 

 

 
  Tableau 2 : Les valeurs linéaires issues de l’analyse de Tweed.  

  

 

LE DIAGNOSTIC

Le patient présente une classe I squelettique avec une normodivergence faciale, sur le plan dento-alvéolaire, il présente une classe I d’Angle et une proalvéolie supérieure .

 

OBJECTIF DU TRAITEMENT

▸ Correction de l’encombrement dentaire,

▸ Amélioration de la forme des arcades,

▸ Rétablir un overjet et un overbite fonctionnels,

▸ Améliorer autant que possible le profil esthétique et le sourire du patient,

▸ Faciliter l’accès à l’hygiène.

 

DÉCISION THÉRAPEUTIQUE

On a proposé un traitement orthodontique multiattaches en technique Roth (022”*028”) sans extraction.

Les étapes du traitement : 

Préparation de la denture : 

    - Nivellement des arcades,

    - Extraction de la 63 et aménagment de l’espace,

    - Recul canin de la 23 sur un mini-vis placé postérieurement pour éviter les mouvements parasites sur le reste de la denture.

Correction de la malocclusion : Fermeture des espaces antérieurs résiduels.

Finition : Coordination des arcades par des arcs acier 018”*025”

    - Traction inter-maxillaires si nécessaire

Stabilisation.

Contention collée maxillaire et mandibulaire.

 

PHASE THÉRAPEUTIQUE

 

Fig 5 : Arc transpalatin et traction de la 22.

 

Fig 6 : Pose d’un mini vis et traction de la canine.

 

Fig 7 : Extraction de la 63.

 

Fig 8 : Traction de la 23 par un ressort en niti.

 

Fig 9 : Traction de la 23 par des élastiques.  

 

 

Un arc transpalatin a été scellé pour renforcer l’ancrage et il a servi comme moyen de traction de la 22 en position palatine pour pouvoir tracter la 23 dans sa position normale (Fig.5) .

- Un ressort ouvert a été placé entre la 24 et la 21 pour aménager de l’espace pour la canine.

- Puis mise en place d’un mini-vis entre 24 et 25 et traction de la 23 en utilisant un arc acier ligaturé à la tête du mini-vis (Fig.6).

- Après 2 mois de traction ; Extraction de la 63 (Fig.7).

- Traction de la 23 à l’aide d’un ressort en niti (Fig.8).

- Lorsque la canine s’approche de sa position normale, nous entamons la traction de la canine par des élastiques inter maxillaires (Fig.9).

 

Le bilan photographique de fin de traitement (Fig.10 et 11).

Le bilan radiologique de fin de traitement :

La radiographie panoramique montre l’absence d’une proximité radiculaire ni de résorption radiculaire.

L’analyse céphalométrique et la superposition locale et générale montre l’amélioration des angles (Fig.12).

 

Fig 10 : Photographies exobuccales de fin de traitement.

 

Fig 11 : Photographies endobuccales de fin de traitement.

 

Fig 12 : Bilan radiologique de fin de traitement.

 

 

DISCUSSION

Pour la transposition entre les canines et incisives latérales, de nombreuses modalités de traitement ont été proposées en fonction du degré de difficulté et de l'âge du patient : correction de la transposition, maintien de la transposition et reconstruction esthétique des dents concernées, ou extraction de l'incisive latérale ou de la canine (13).

 

La plus difficile de ces trois options est la correction orthodontique de la transposition si les deux dents concernées sont totalement transposées, elle nécessite une planification complète du traitement et un examen attentif de la biomécanique nécessaire. Il existe un risque accru de résorption radiculaire, de perte osseuse, de récession gingivale et d'ankylose.

 

Dans notre cas, il s'agissait d'une transposition unilatérale des canines et des incisives latérales maxillaires, avec des complications dentaires et esthétiques (14).

 

Comme nous l'avons vu précédemment, la transposition dentaire peut être classée comme complète ou incomplète en fonction de l'implication des couronnes et des racines.

 

Notre cas était une transposition complète entre l'incisive latérale et la canine maxillaire. 

Puisque les canines maxillaires sont les clés tant pour l'esthétique que pour la fonction occlusale normale, il a été décidé de corriger les dents transposées à leur position normale dans le cas présent.

 

On a entamé le traitement par une traction palatine de l’incisive latérale gauche maxillaire, en prenant un arc transpalatin comme ancrage, dans le but d’éviter une interférence entre la latérale et la canine lors de la correction de la position de cette dernière.

 

Il a ensuite été décidé d'extraire la canine temporaire gauche 63 afin de créer l'espace pour corriger les dents transposées pour ensuite placer un mini vis servant comme ancrage à la traction distale de la canine vers sa position normale.

 

Enfin, l’utilisation des élastiques intermaxillaires a permis de placer la canine dans sa position anatomique.

L'approche thérapeutique a été planifiée en fonction de l'âge du patient, de son souci de l'esthétique dentofaciale et des exigences fonctionnelles de l'occlusion.

 

CONCLUSION

Bien que les transpositions dentaires soient des situations difficiles pour les orthodontistes, ce cas clinique offre un aperçu de la réussite et des défis qu’on peut rencontrer.

 

Il indique également comment les nouvelles technologies, en particulier les mini vis et CBCT (cone beam), peuvent être utilisées pour aider à la planification du traitement et aux mouvements dentaires spécifiques.

 

BIBLIOGRAPHIE

1. C. A. Harris, A Dictionary of Dental Sciences, Bibliography and Medical Terminology, vol. 11, no. 36, Lindsay and Blakiston, Philadelphia, 1849.

2. Chattopadhyay and K. Srinivas, “Transposition of teeth and genetic etiology,” Angle Orthodontist, vol. 66, pp. 147–152, 1996.

3. Mandla Dominic Nyakale, “Orthondontic treatement of bilateral transposition of maxillary canines and lateral incisors”, Case reports in Dentistry, vol.2022.

4. Papadopoulos MA, Chatzoudi M,Kaklamanos EG. Prevalence of tooth transposition. A meta-analysis. Angle Orthod.2010; 80: 275– 285.

5. Shapira Y.Transposition of Canines. J Am Dent Assoc. 1980; 100: 710– 712

6. Chattopadhyay A,Srinivas K.Transposition of teeth and genetic etiology. Angle Orthod. 1996; 66: 147– 152.

7. Peck S, Peck L. Classification of maxillary tooth transpositions. Am J Orthod Dentofacial Orthop. 1995; 107: 505– 517.

8. M. Budai, I. Ficzere, K. Gábris, and I. Tarjan, “Frequency of transposition and its treatment at the department of orthodontics of Semmelweis University in the last five years,” Fogorvosi Szemle Journal, vol. 96, no. 1, pp. 21–24, 2003.

9. H. H. Yilmaz et al., “Prevalence of tooth transpositions and associated dental anomalies in Turkish population,” Dento-maxillofacial Radiology, vol. 34, no. 1, pp. 32–35, 2005.

10. D. J. Plunket, P. S. Dysart, T. B. Kardos, and G. P. Herbison, “A study of transposed canines in a sample of orthodontic patients,” British Journal of Orthodontics, vol. 25, no. 3, pp. 203–208, 1998.

11. Aldo Pedalino; Murilo Matias; Daniel Gaziri; Bruno Vieira; Luiza Alves; and Weber Ursi . Treatment of maxillary canine transposition. Angle Orthod (2020) 90 (6): 873–880

12. Y. Shapira and M. M. Kuftinec, “A unique treatment approach for maxillary canine-lateral incisor transposition,” American Journal of Orthodontics and Dentofacial Orthopedics, vol. 119, no. 5, pp. 540–545, 2001.

13. Pair J. Transposition of a maxillary canine and a lateral incisor and use of cone-beam computed tomography for treatment planning. Am J Orthod Dentofacial Ortho. 2011; 139: 834– 844.

14. Kokich VG, Nappen DL, Shapiro PA. Gingival contour and clinical crown length: their effect on the esthetic appearance of maxillary anterior teeth. Am J Orthod. 1984; 86: 89– 94.

  

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