W. MAHFOUD, M. KHAZANA, I. BENYAHYA
Service d’Odontologie Chirurgicale,
Centre de Consultation et de Traitement Dentaire CHU Ibn Rochd Casablanca.
Faculté de médecine dentaire de Casablanca - MAROC ,
Université Hassan II

 

RÉSUMÉ

La cellulite cervico-faciale d’origine dentaire est une pathologie fréquente, d’apparence banale au départ mais peut devenir sévère et mettre en jeu le pronostic vital du patient, en particulier chez les immunodéprimés.
La prise en charge nécessite le plus souvent un traitement médico-chirurgical.
Mots clés : Cellulite, odontologie, chirurgie, urgence.

 

INTRODUCTION

La cellulite cervico-faciale (CCF) est une affection polymicrobienne du tissu cellulo-adipeux du cou et de la face ayant une tendance extensive, engageant le pronostic vital en l’absence d’une prise en charge appropriée (1). Cette pathologie se distingue par son polymorphisme étiopathogénique, clinique, thérapeutique et pronostic.


A travers cet article, nous allons partager notre expérience dans la prise en charge de cette pathologie à travers 3 situations cliniques différentes qui se sont présentées au service d’odontologie chirurgicale du centre de consultation et de traitement dentaire du CHU Ibn Rochd de Casablanca.

 
Observation n°1 :

Un jeune patient se présente avec une tuméfaction génienne haute évoluant depuis 2 jours. Le patient ne rapporte aucun antécédent médico-chirurgical. L’examen exo-buccal montre une asymétrie faciale avec effacement du sillon nasogénien droit et les téguments de recouvrement sont érythémateux. La palpation douloureuse montre une tuméfaction de consistance ferme et mal limitée (Fig.1a). L’examen endobuccal montre une gencive rougeâtre et tuméfiée en regard des dents antérieures maxillaires, qui ne présentent pas de caries.

 


Fig.1a : Effacement du sillon nasogénien et les téguments sont érythémateux.

Fig.1b : Élargissement desmodontal de la 12.

 

 

La radiographie panoramique montre un léger élargissement desmodontal de la 12 nécrosée (Fig.1b). Le diagnostic positif d’une cellulite aigue séreuse circonscrite en rapport avec la 12 a été posé. Le traitement a consisté en une prescription d’un antibiothique, d’un antalgique et un traitement conservateur de la dent causale (Fig.2).

 


Fig.2 : Après traitement médical et trépanation de la dent.

 

 

Observation n°2 :

Il s’agit d’un patient âgé de 30 ans qui s’est présenté avec une tuméfaction génienne basse. L’interrogatoire n’a révèlé aucune pathologie d’ordre général. L’histoire de la maladie remonte à 3 semaines, après apparition de la tuméfaction, le patient consulte un charlatan qui lui prescrit des AINS.

L’examen exo-buccal montre une tuméfaction bien circonscrite, rougeâtre, bilobée, dépressible et s’étendant de la région mentonnière jusqu’à l’angle mandibulaire gauche (Fig.3), la palpation a révélé la présence d’une adénopathie sous angulo-mandibulaire. L’examen endo-buccal est rendu difficile par la présence d’un trismus serré. on note une hygiène bucco-dentaire défectueuse : Présence de tartre et de plaque sur toutes les dents.

 


Fig.3 : Vue de face et de profil : tuméfaction bilobée, rougeâtre évoluant depuis 3 semaines.

 

 

La muqueuse en regard de la 37 est de couleur rouge avec un vestibule comblé. La radiographie panoramique montre une radioclarté coronaire importante de la 37,une image radioclaire appendu aux apex des racines avec un élargissement desmodontal ainsi que la présence des quatre dents de sagesse enclavées (Fig.4).

 


Fig.4 : Radiographie panoramique montrant la 37 cariée et une image radioclaire appendue à l’apex.

 

Le diagnostic posé est celui d’une cellulite aigue circonscrite suppurée génienne basse en rapport avec la 37. Le traitement a consisté en un drainage et un réajustement du traitement médical puis l’extraction de la dent causale (Fig.5).

 


Fig.5 : J7 après drainage et traitement médical : disparition complète de la tuméfaction.
 

 

 

Observation n°3 :

C’est un patient âgé de 33 ans qui a été orienté par le service de chirurgie maxillo-faciale, pour la mise en état de la cavité buccale. Le patient ne présente pas d’antécédent pathologique particulier. Il rapporte une tuméfaction récidivante qui disparaissait après automédication et ceci depuis un an. Le patient est fumeur de tabac et de cannabis. L’examen exo-buccal montre une fistule non productive, et la présence d’une pelade de joue gauche (Fig.6a). L’examen endobuccal montre une hygiène défectueuse et un comblement du vestibule en regard de la 36 délabrée.

 

A l’examen radiologique, on note la présence des racines de la 36 avec une réaction péri-apicale (Fig.6b). Le diagnostic positif posé est celui d’une cellulite chronique. Le traitement a consisté en l’extraction de la dent causale.

 


Fig.6a : Présence de fistule sur la joue gauche.
 

Fig.6b : La radiographie panoramique on note la présence des racines de la 36.

 

 

DISCUSSION

La cellulite cervico-faciale d’origine dentaire est une infection polymicrobienne associant des germes aérobies et anaérobies (2) qui se propage par contiguïté et non par voie hématogène ou lymphatique (3,4).
Le tableau clinique des cellulites dépend à la fois de leur localisation et du stade d’évolution. qui passe trois phases : séreuse, collectée et chronique.

 

La cellulite séreuse correspond à la forme débutante et se caractérise par les signes classiques de l’infection : douleur, chaleur, rougeur. Comme le montre notre cas n°1. A la palpation, il n’y a pas de fluctuation. Si l’infection siège sur les dents postérieures, un trismus modèré peut être présent. L’examen de la cavité buccale met en évidence une inflammation gingivale et généralement la présence d’une dent cariée. En l’absence d’un traitement adapté, l’évolution se fait vers le stade collecté ou vers le stade gangreneux (5).

 

La forme collectée fait suite à une cellulite séreuse mal ou non traitée. Les douleurs sont plus importantes et pulsatiles. En fonction de la localisation de la dent causale, il peut exister un trismus. On peut avoir des signes généraux tels que fièvre et asthénie. Cliniquement, la peau est rouge, tendue, luisante et chaude, ce qui est le cas pour l’observation n°2 . A la palpation , on retrouve une tuméfaction limitée fluctuante et bien perçue au palper bidigital. L’examen endobuccal est indispensable pour rechercher la dent causale. Non drainée, elle peut se fistuliser à la peau ; En l’absence de traitement, le risque est la migration de cette collection vers les espaces voisins, responsable alors d’une cellulite diffuse. La guérison de ces cellulites ne se fera qu’après un drainage chirurgical de la collection, une antibiothérapie un traitement de la dent causale (5,6,7).

 

La cellulite chronique est rare. Cliniquement elle se caractérise par une fistule cutanée en regard de la dent causale présente depuis plusieurs mois, voire années, comme le cas n°3. Cette forme fait souvent suite à une cellulite suppurée mal traitée (5).
Le diagnostic positif d’une cellulite repose surtout sur l’interrogatoire : l’histoire de la maladie , la date d’apparition et le mode d’évolution. Cependant, l’examen clinique et radiologique sont indispensables. L'orthopantomogramme ou la rétro-alvéolaire mettront en évidence une lésion péri apicale ou inter-radiculaire, une racine résiduelle, un granulome et parfois un simple élargissement desmodontal.

 

Le traitement, dans son ensemble, est médico-chirurgical et étiologique. Souvent, une antibiothérapie probabiliste à large spectre sera prescrite en association avec un traitement symptomatique en particulier antalgique et des bains de bouches. Selon l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) Juillet 2011, les pénicillines A (amoxicilline) sont les antibiotiques de premier choix. En deuxième intention, on peut utiliser l’association amoxicilline-acide clavulanique ou l’association des pénicillines A (amoxicilline) et les 5-nitro-imidazolés. Les glycopeptides ou les lincosamides sont prescrits en cas d’allergie aux β-lactamines. Les posologies doivent être adaptées à la gravité clinique et à la profondeur du foyer infectieux (8).

 

Le traitement comporte aussi un drainage chirurgical dont l’importance et la voie d’abord dépendent de l’extension de la collection.
La notion de prise d’anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) est rapportée par la majorité́ des auteurs comme étant un facteur favorisant la survenue de l’extension des cellulites cervico faciales (1,9,10,11). Cependant peu d’études ont pu démontrer une corrélation statistiquement significative entre les AINS et les cellulites cervico faciales. Ce soulagement temporaire retarde la consultation et crée une immunodépression locale par diminution des phénomènes de défenses qu’est l’inflammation (11-13).

 

En ce qui concerne les complications , les cellulites périmaxillaires engagent rarement le pronostic vital. En revanche, les cellulites à point de départ mandibulaire de par leurs caractéristiques anatomiques ont un fort potentiel d’extension locorégionale, en particulier sur les voies aériennes et médiastinale, et sont donc plus graves (3).

 

CONCLUSION

La cellulite cervico-faciale est une affection souvent rencontrée dans notre service. Ceci est en rapport avec le mauvais état bucco-dentaire de nos patients et le contexte socio-économique précaire qui concourt au retard diagnostique et aggrave le pronostic. La promotion de l’hygiène bucco-dentaire et la lutte contre l’automédication peuvent prévenir cette infection.

 

RÉFÉRENCES

1. Rakotoarison R, Ramarozaton NP, Rakoto FA, Rakoto FG. Cellulites cervico-faciales : à propos de 41 cas. Med buccale chir buccale 2008; 14 (1): 35-9.
2. Righini CA, Motto E, Ferretti G, et al. Cellulites cervicales extensives et médiastinite descendante nécrosante. Ann Oto- laryngol Chir Cervicofac 2007;124:292—300.
3. Boscolo-Rizzo P, Marchiori C, Montolli F, Vaglia A, Da Mosto MC. Deep neck infections: a constant challenge. ORL J Otorhinola- ryngol Relat Spec 2006;6:259—65.
4. Julien La Rosa, Stéphanie Bouvier, Olivier Langeron .Prise en charge des cellulites maxillofaciales Le Praticien en anesthésie réanimation (2008) 12, 309—315
5. Davido N, Toledo-Arenas R. Foyers infectieux dentaires et complications. EMC - Traité de Médecine AKOS 2010 ;5(4) :1-6.
6. Muster D. Médicaments de l’inflammation. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris) 2005 ; 7.
7. Brunato D. Les cellulites d’origine dentaire : classification, étiologie, bactériologie et traitement. Illustrations cliniques. [Thèse chirurgie dentaire], Nancy, 2005.
8. Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Prescription des antibiotiques en odontologie et stomatologie 2011. Diponible sur : http://www.afsaps.sante.fr
9. Miloundja J, Assini Eyogho S, Mandji Lawson J, Ondounda M, Koumba J, Lekassa P. Cellulites cervico-faciales diffuses : 32 cas vus à Libreville. Santé 2011; 21(3):153‐7.
10. El Ayoubi A, El Ayoubi F, Mas E, Guertite A, Boulaïch M, Essakalli L, et al. Cellulites cervico-faciales diffuses d’origine dentaire : à propos de 60 cas. Méd Buccale Chir Buccale. 2009;15(3):127-35.
11. Dédjan A-H, Haraj N-E, El Aziz S, Chadli A. Les cellulites cervico-faciales chez le diabétique. Méd Mal Métabol 2016;10(4):309–13.
12. Randrianandraina MP , Razafindrakoto RMJ , Ramilison HE , Rakotoarisoa AHN, Fare ATS , Famindra LM , Rakoto FA. Aspects clinique et therapeutiques des cellulites cervico-faciales odontogenes au chu de Mahajanga
13. Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Prescription des antiinflammatoires en chirurgie buccale chez l’adulte. Diponible sur : http://www.afsaps.sante.fr

 

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