C. MOUJOUD, FZ. FAROUQ, L. KISSI, I. BEN YAHYA.
Service d’Odontologie Chirurgicale, CCTD,
Faculté de Médecine Dentaire de Casablanca
Université Hassan II - Maroc

RÉSUMÉ

La gestion des patients à risque infectieux occupe une place primordiale en pratique dentaire. Bien que ces patients constituent déjà une part significative de la patientèle, leur nombre ne cesse d’augmenter, ce qui exige une attention particulière pour prévenir les complications et appliquer les protocoles spécifiques suivant des recommandations garantissant leur sécurité.

L’objectif de ce travail est de faire le point sur la gestion des patients à risque infectieux en chirurgie orale selon les dernières recommandations de l’agence nationale de sécurité médicale (ansm 2022 & HAS 2024).
Mots clé : Patients, risque infectieux, chirurgie orale,

INTRODUCTION

La prescription d'antibiotiques doit être déterminée en fonction du risque individuel de chaque patient de développer une infection. Chaque patient présente un niveau de risque infectieux qui lui est propre. Selon la littérature et les avis d'experts, des groupes à risque ont été définis en tenant compte des caractéristiques du patient, des actes bucco-dentaires et du risque de bactériémie.

Sur cette base, trois catégories de patients ont été établies :
    Population générale : Cette catégorie comprend la majorité des patients,
    Patients immunodéprimés : Ces patients sont à risque d'infection locale et de sa propagation éventuelle, nécessitant une évaluation approfondie en collaboration avec les médecins traitants,
    Patients à haut risque d'endocardite infectieuse (1).

POPULATION GÉNÉRALE

Ce groupe comprend tous les patients ne présentant aucun des facteurs de risque décrits dans les deux catégories suivantes. Bien qu'aucun patient ne soit totalement exempt du risque de développer une infection.

Chez les patients avec une cardiopathie à risque modéré (telles que les cardiopathies congénitales mineures, prolapsus de la valve mitrale ...), l'antibiothérapie prophylactique n'est plus recommandée pour les soins bucco-dentaires.

Les données de la littérature scientifique ne justifient plus de classer les patients porteurs de prothèses articulaires dans un groupe à risque d'infection prothétique lors de gestes bucco-dentaires.

En conséquence, l'antibiothérapie prophylactique n'est pas indiquée pour ces patients lors d'actes bucco-dentaires. Cependant, il est essentiel de réaliser un examen bucco-dentaire complet chez les candidats à la pose d'une prothèse articulaire afin d'éliminer les foyers infectieux locaux.

PATIENTS IMMUNODEPRIMÉS

Dans ce groupe, le risque infectieux est associé à tout facteur causant une immunodépression, qu'elle soit congénitale ou acquise. En l'absence de critères objectifs, biologiques ou cliniques pour évaluer ce risque, la décision d'inclure un patient dans cette catégorie doit être prise en collaboration étroite entre le chirurgien-dentiste et les médecins traitants.

Cette immunodépression peut être provoquée par un traitement immunosuppresseur médicamenteux, une chimiothérapie, une corticothérapie au long cours ou être liée à une pathologie (2).

Cas particuliers :

1- Diabète : (3,4)

Définition :
Le diabète est une maladie métabolique caractérisée par une hyperglycémie chronique liée à une déficience soit de la sécrétion de l’insuline, soit de l’action de l’insuline, soit les deux (1).

Le diagnostic est posé lorsque : la glycémie, à n'importe quel moment de la journée, est supérieure à 2 g/l en présence de symptômes ou quand la glycémie à jeun est supérieure ou égale à 1,26 g/l, contrôlée à deux reprises en l'absence de symptômes.

Physiopathologie :
La susceptibilité des patients diabétiques en déséquilibre glycémique de développer les infections est due à une altération de la fonction immunitaire. Parmi les mécanismes les mieux étayés, on retiendra notamment des altérations fonctionnelles des neutrophiles et des monocytes, dont le chimiotactisme, la phagocytose, les propriétés d’adhérence, d’apoptose et la capacité de présentation des antigènes sont altérés. Le diabète mal équilibré est un terrain d’immunodépression qui favorise l’infection fongique, virale et bactérienne ainsi qu’un retard de cicatrisation.

De plus, les modifications de la paroi vasculaire réduisent le flux sanguin, la tension en oxygène et la mobilisation des granulocytes, ce qui explique le risque accru d'infections et de retard de cicatrisation chez ces patients. Pour contrer cette susceptibilité, des mesures préventives et thérapeutiques sont nécessaires pour améliorer le contrôle glycémique : instructions sur l'hygiène bucco-dentaire, visites de contrôle régulières, traitement des affections parodontales, et prise en charge précoce des autres infections.

Précautions et prise en charge :
Le risque infectieux chez les patients diabétiques est directement corrélé à la concentration de glucose sérique. Ainsi, il est essentiel de connaître la glycémie préopératoire avant toute intervention chirurgicale, car elle influencera la décision de prescrire des antibiotiques.

Le diabète est considéré comme bien contrôlé lorsque l'HbA1c est inférieure ou égale à 7%. Dans ces conditions, tous les soins peuvent être réalisés en suivant les précautions générales habituelles. En revanche, en cas de diabète non équilibré, il faut faire la distinction entre les actes non-invasifs et les actes invasifs. Il n’y a, à ce jour, aucun consensus parmi les sociétés savantes concernant la prise en charge du patient diabétique non équilibré.

Une HbA1c entre 7% et 8% indique un risque infectieux potentiellement accru. Par conséquent, toute procédure invasive impliquant la cicatrisation des tissus muqueux et/ou osseux, tels que les traitements parodontaux, endodontiques et chirurgicaux, nécessite non seulement le respect des précautions générales, mais aussi l'application rigoureuse d'un protocole anti-infectieux.

Avec une HbA1c supérieure à 8%, il est impératif de se mettre en relation avec le médecin ou l'endocrinologue traitant avant tout geste chirurgical.

 

Sociétés Savantes

Actes non-invasifs

Actes invasifs saignants mineurs

Actes invasifs majeurs

AFSAAPS (2011)

Aucune antibiothérapie n’est nécessaire

Antibioprophylaxie une heure avant l’acte

ADF (2013)

Antibioprophylaxie une heure avant l’acte

Antibioprophylaxie une heure avant l’acte suivi d’une antibiothérapie curative jusqu’à cicatrisation muqueuse (7 jours minimum)

SFCO (2012)

Antibioprophylaxie une heure avant l’acte suivi d’une antibiothérapie curative jusqu’à cicatrisation muqueuse (7 jours minimum)

 

Protocole anti-infectieux avant les soins :
- Motiver le patient à l’hygiène bucco-dentaire,
- Traiter les foyers infectieux actifs par une antibiothérapie curative,
- Diminuer la charge bactérienne :
   • Éliminer la plaque dentaire et le tartre présents en bouche,
   • Prescrire des bains de bouche (BB) antiseptiques (Chlorhexidine 0.12%),
- Prescrire une antibioprophylaxie dans l’heure qui précède les soins: 2g d’amoxicilline/ 600mg de clindamycine.

Protocole anti-infectieux pendant les soins :
- Faire l’anesthésie à distance des foyers infectieux s’ils existent,
- Programmer des séances de soins les plus courtes possible,
- Réaliser les soins endodontiques sous digue,
- En cas de chirurgie :
   • Préserver au maximum les tissus environnants,
   • Rincer la plaie avec un antiseptique avant de suturer,
   • Suturer en rapprochant les berges.

Protocole anti-infectieux après les soins :
- Poursuivre l’antibiotique (ATB) pendant la phase de cicatrisation muqueuse (7 à 10J),
- Prescrire des BB antiseptiques pendant 7J (Chlorhexidine 0.12%),
- Déposer les fils de sutures après 7 à 10 jours avec contrôle de la cicatrisation muqueuse.

2. Insuffisance rénale (5,6,7) :

Définition :
Les reins sont des organes vitaux qui assurent une triple fonction :
- Fonction régulatrice : homéostasie (régularisation du bilan hydroélectrolitique et de l’équilibre acide-basic) ;
- Fonction endocrine : production de l’érythropoétïne nécessaire à la production des globules rouges, vitamine D, rénine,
- Fonction excrétrice : les reins assurent la filtration du sang et assurent l’élimination des déchets du sang (essentiellement l’urée et la créatinine).

L’insuffisance rénale chronique (IRC) résulte d’une Altération progressive et irréversible des fonctions excrétrices, régulatrices et endocrines du rein.

Physiopathologie :

L'IRC est en effet associée à un risque accru d'infections en raison d'un système immunitaire affaibli, ce qui peut être aggravé chez les patients hémodialysés. Les fistules artério-veineuses (FAV) utilisées pour l'hémodialyse peuvent constituer un site d'infection, car elles impliquent une perforation de la peau et une exposition prolongée à des dispositifs médicaux. Une hygiène rigoureuse et une surveillance attentive sont nécessaires pour prévenir les infections chez ces patients.

Précautions et prise en charge :
Les patients présentant une insuffisance rénale chronique nécessitent une approche attentive et coordonnée entre le médecin traitant ou le néphrologue. Il est essentiel de savoir la nature et la sévérité de l'insuffisance rénale, ainsi que les traitements en cours.


Pour les actes non invasifs, aucune thérapie antibiotique n'est généralement nécessaire. Cependant, lors d'actes invasifs, il est recommandé de mettre en place une antibioprophylaxie une heure avant l'intervention. Cette prophylaxie consiste en l'administration de 2g d'amoxicilline ou de 600mg de clindamycine en cas d'allergie aux pénicillines (selon les recommandations de l'ADF, 2013).

Les macrolides représentent l’antibiotique de choix pour le traitement des infections chez ces patients en raison de leur sécurité et de leur utilisation à des doses standard, sans nécessité d'ajustement posologique. Toutefois, il peut être nécessaire d'envisager d'autres classes d'antibiotiques dans certaines situations pour assurer une couverture adéquate contre les bactéries responsables. Il est à noter que dans ce contexte spécifique, certains médicaments peuvent nécessiter une adaptation posologique.

Insuffisance rénale

Stade 1à 3

DFG >30 ml /min

Stade 4

29<DFG>15

Stade 5

DFG<10 ml/min

Amoxicilline

Pas d’adaptation

500 mg/12H

500 mg/24H

Métronidazole

Pas d’adaptation

Pas d’adaptation

Réduire la posologie 75 %

Amoxicilline + Acide clavulanique

Pas d’adaptation

500 mg/24H

Contre-indication


3. Insuffisance hépatique :

Définition :

Il s’agit d’une perte des fonctions hépatiques. Cette insuffisance peut être :

- Aigu : L’hépatite médicamenteuse(en rapport avec un surdosage accidentel ou une intoxication volontaire) et Hépatite virale (pouvant entrainer une cirrhose ou un cancer du foie en rapport avec 6 virus différents A, B, C, D, E, G),

- Chronique : Détérioration progressive du foie sur plusieurs mois ou années, altérant ses fonctions. Causes possibles : virus de l'hépatite B ou C, consommation excessive d’alcool (cirrhose), et obstruction des voies biliaires (cholestase).

Physiopathologie :
Lorsque le foie est endommagé, les hépatocytes sont détruits et les fonctions hépatiques, notamment la sécrétion des protéines inflammatoires, sont altérées. Cela entraîne une immunodépression.

Précautions et prise en charge :
Une antibioprophylaxie en raison de 2G d’Amoxicilline /600 Mg de Clindamycine est recommandé 1H avant l’acte invasif lorsque la maladie est instable et en phase active. Cependant, les actes non urgents peuvent être reportés jusqu’à stabilisation de l’atteinte hépatique.

L’amoxicilline est l’antibiotique de choix pour les patients atteints d’insuffisance hépatique, car elle peut être administrée sans modification de posologie. La clindamycine peut également être utilisée comme alternative, mais nécessite une surveillance attentive. En cas de maladie hépatique décompensée, la dose de métronidazole doit être réduite à un tiers et administrée une fois par jour. En revanche, la tétracycline doit être évitée chez ces patients (8).

4. Chimiothérapie :

Définition :

La chimiothérapie consiste à utiliser des médicaments cytotoxiques ou cytostatiques ayant pour but de détruire les cellules cancéreuse y compris celle a distance le la tumeur primitive.

La chimiothérapie peut être utilisée avant, pendant ou après une intervention chirurgicale ou une radiothérapie pour traiter le cancer.


En tant que traitement néoadjuvant, elle réduit la taille de la tumeur avant la chirurgie ou la radiothérapie. En tant que traitement adjuvant, elle élimine les cellules cancéreuses restantes après l'intervention.

Elle peut également être utilisée à des fins palliatives pour améliorer la qualité de vie et prolonger la survie du patient lorsque la guérison complète n'est pas possible.

Physiopathologie :
La chimiothérapie peut entraîner une toxicité hématologique, notamment une leucopénie et une neutropénie. De plus, les mucites, peuvent affaiblir la barrière épithéliale, favorisant ainsi également le risque d'infections. C'est pourquoi une surveillance étroite et des mesures préventives sont souvent mises en place pour minimiser ces risques chez les patients recevant une chimiothérapie (9).

Précautions et prise en charge :
Avant la chimiothérapie :

Un bilan bucco-dentaire doit être entrepris au plus tôt,
   - Avant une chimiothérapie non aplasiante, il est particulièrement recommandé d’éliminer les foyers infectieux bucco –dentaires.
   - Avant une chimiothérapie aplasiante, il est impératif d’éliminer les foyers infectieux bucco –dentaires.

Les gestes chirurgicaux destinés à assainir la cavité buccale doivent être entrepris au plus tôt, de façon à ce que la cicatrisation muqueuse soit acquise avant le début de la chimiothérapie.

Pendant la chimiothérapie :

Les gestes invasifs doivent être :
   – en connaissance du bilan biologique
   – seulement s’ils sont urgents
   – sous antibioprophylaxie poursuivie jusqu'à la cicatrisation muqueuse de la plaie si le taux de polynucléaires neutrophiles (PN) est inférieur à 500 /mm3 de sang (pas de consensus pour taux de PN supérieur à 500/mm3).

En dehors des cas d'urgence, les gestes chirurgicaux peuvent être dans une phase de normalité des polynucléaires neutrophiles.

Après la chimiothérapie :

Les paramètres sanguins se normalisent en quelque semaines, la symptomatologie douloureuse disparait, et la prise en charge du patient redevient conventionnelle.

Le suivi dentaire doit être régulier, mais la fréquence des visites peut varier en fonction du type de traitement reçu.

5. Radiothérapie cervico-faciale :

Définition :
La radiothérapie est une approche thérapeutique locorégionale visant à détruire les cellules tumorales en induisant leur apoptose par l'utilisation de rayonnements ionisants. Ce traitement peut être administré par différentes modalités, notamment la radiothérapie externe, où les rayons sont émis depuis une source externe au corps, et la curiethérapie, qui consiste à placer la source d'irradiation en contact direct avec ou à l'intérieur de la tumeur.

La radiothérapie est une option de traitement efficace qui peut être utilisée à des fins curatives pour cibler les tumeurs ou les tissus tumoraux résiduels après chimiothérapie ou chirurgie, ou de manière palliative pour soulager les symptômes et améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer avancé (9).

Physiopathologie :
La radiothérapie induit des altérations osseuses par des mécanismes complexes affectant à la fois les cellules osseuses et la vascularisation.

Les rayonnements ionisants réduisent le métabolisme des ostéoblastes et ostéoclastes, allant parfois jusqu'à provoquer leur apoptose. Parallèlement, les vaisseaux sanguins subissent un rétrécissement de leur lumière et une fibrose de l'intima, entraînant une diminution de l'oxygénation et de la vascularisation osseuse.

En conséquence, l'os irradié devient hypoxique, hypocellulaire et ischémique, créant un terrain propice à l'ostéoradionécrose (ORN).

Précautions et prise en charge :
Il est essentiel de prendre contact avec le radiothérapeute afin de connaître précisément les doses d’irradiation administrées ainsi que les zones anatomiques concernées. Cela permet d’adapter la prise en charge dentaire en fonction des risques associés.

   Irradiation < 30 Gy : Tous les actes dentaires, y compris les actes invasifs, peuvent être réalisés sans précaution particulière.
   • Irradiation ≥ 30 Gy : En cas d’actes invasifs, une antibiothérapie prophylactique est recommandée jusqu’à cicatrisation complète de la muqueuse afin de prévenir le risque d’infection et de complications, telles que l’ostéoradionécrose.

6. Infection VIH :

Définition :
Le syndrome d’immunodéficience acquise est à l’origine d’une pathologie qui évolue sur plusieurs années et dont le stade ultime est le Syndrome d’Immuno Déficience Acquise (SIDA). Celui-ci se caractérise par l’effondrement du système immunitaire naturel de l’organisme. La contamination par le VIH est essentiellement sexuelle (3/4 cas), sanguine et fœto-maternelle (10).

Physiopathologie :
Le virus se fixe sur les récepteurs à CD4 des cellules immunitaires (macrophages et lymphocytes T4) entrainant ainsi un déficit immunitaire.

Précautions et prise en charge :
La mesure du taux de lymphocytes T CD4 (LT-CD4) est essentielle pour évaluer le statut immunitaire du patient. Tous les actes médicaux peuvent être réalisés si le taux de LT-CD4 est supérieur à 200/mm³, en l'absence de thrombopénie et d'agranulocytose. Toutefois, une antibioprophylaxie peut être envisagée pour les actes invasifs si le patient présente un taux de LT-CD4 supérieur à 200/mm³, associé à une thrombopénie (plaquettes < 100 000/mm³) et/ou à une agranulocytose (neutrophiles < 500/mm³), après consultation avec le médecin référent.

Pour les patients dont le taux de LT-CD4 est inférieur à 200/mm³ ou en stade SIDA, un traitement prophylactique par Bactrim® est recommandé afin de prévenir le risque d'infections opportunistes.

7. Patient traités par biphosphonates :

Définition :
Les bisphosphonates (BPs) sont des molécules synthétiques dont l'effet principal est d'inhiber l'activité des ostéoclastes, entraînant ainsi une réduction de la résorption et du remodelage osseux. Ces médicaments présentent une forte affinité pour le tissu osseux et possèdent une longue durée de vie dans le squelette.

Après leur absorption, environ 50 % de la dose de bisphosphonates est adsorbée au niveau osseux, où leur demi-vie d'élimination peut atteindre jusqu'à une dizaine d'années. En parallèle, l'autre moitié est éliminée par les urines, avec une demi-vie d'élimination relativement courte, de l'ordre de quelques heures.

Physiopathologie :
Les bisphosphonates (BPs) sont principalement utilisés comme agents anti-résorbeurs osseux, agissant en inhibant l'activité des ostéoclastes, ce qui réduit la résorption osseuse et contribue à la préservation de la densité minérale osseuse. En plus de leurs effets anti-résorbeurs, les bisphosphonates présentent également des propriétés anti-angiogéniques. Cela signifie qu'ils peuvent inhiber la formation de nouveaux vaisseaux sanguins, un processus essentiel à la croissance tumorale et à la progression des cancers (11).

Précautions et prise en charge :
   - Patients candidats à un traitement par biphosphonate: mise en état de la cavité buccale,
   - Patients traités par biphosphonate sans évidence d’ostéonécrose.

Dans le cadre d’une ostéoporose/maladie Paget, il est recommandé :
• Réaliser un suivi bucco-dentaire au minimum une fois par an,
• Effectuer les avulsions dentaires, lorsqu’elles sont nécessaires, sous traitement antibiotique et de la façon la moins traumatisante possible,
• Privilégier un lambeau d’épaisseur partielle pour préserver au mieux la vascularisation de l’os sous-jacent,
• Réaliser un suivi bucco-dentaire au minimum une fois par an,
• Effectuer les avulsions dentaires, lorsqu’elles sont nécessaires, sous traitement antibiotique et de la façon la moins traumatisante possible,
• Privilégier un lambeau d’épaisseur partielle pour préserver au mieux la vascularisation de l’os sous-jacent,

N .B : Traitement par voie orale : le risque d’ORM diminue lentement avec le temps.

Pathologie maligne :
• Réaliser un suivi bucco dentaire tous les 4 mois ,
• Dépister et traiter les foyers infectieux,
• limiter les extractions aux dents non conservables (mobilité de stade 3 ou présence de foyer infectieux actif),
• sans arrêter le traitement par BP,
• sous anesthésie locale ou locorégionale, sans vasoconstricteur,
• sous traitement antibiotique la veille de l’extraction puis jusqu’à cicatrisation complète (évaluée cliniquement et radiologiquement),
• régulariser la crête alvéolaire et suturer les berges de façon hermétique
• Envisager de confectionner une attelle parodontale pour stabiliser les dents dont la mobilité est de stade 1 à 2, plutôt qu’une extraction
• Eviter l’extraction en présence d’une dent avec carie délabrante mais sans mobilité pathologique,en réalisant un traitement de racine (en coupant la couronne de la dent au ras de la gencive), et en reconstituant la dent avec les techniques conventionnelles en prenant la précaution de ne pas altérer les tissus environnants
• De contre-indiquer les traitements parodontaux chirurgicaux
• De contre-indiquer l’implantologie. En revanche, la présence d’implants déjà intégrés dans la structure osseuse n’augmente pas le risque d’ONM ; ils doivent être conservés.

N.B : Traitement par voie intra veineuse : le risque d’ORM peut durer pendant plusieurs année (10 ans).

Patients atteints d’une ostéonécrose avérée :
• Prise en charge hospitalière,
• Rinçages quotidiens à l’aide d’une solution antiseptique (chlorhexidine aqueuse 0,1%),
• Régularisation des bords traumatisants les tissus mous environnant, élimination de séquestre mobile,
• Traitement antibiotique durant 7 à 14 jours voire plus longtemps si nécessaire,
• Un suivi rapproché est indispensable et la poursuite du traitement par BP sera discutée avec le médecin prescripteur.

8. Corticothérapie :

Définition et physiopathologie :

Une corticothérapie par voie générale ne justifie pas une prise en charge particulière du fait de sa seule présence :
− si elle a une posologie inférieure à 10 mg/j équivalent prednisone ou
− si elle a une durée de moins de 8 jours pour une posologie inférieure ou égale à 1 mg/Kg/j équivalent prednisone (APF) (9).

Précautions et prise en charge :
Antibioprophylaxie suivie d’une antibiothérapie jusqu’à cicatrisation muqueuse.

PATIENT À HAUT RISQUE D’ENDOCARDITE INFECTIEUSE

L'endocardite infectieuse est une infection qui touche une ou plusieurs valves cardiaques, et plus rarement l'endocarde pariétal, causée par un micro-organisme, le plus souvent une bactérie, mais pouvant également être due à des germes intracellulaires ou des levures (Société française de cardiologie, 2019).

Cette affection est généralement consécutive à une bactériémie, dont le point de départ est souvent bucco-dentaire. Elle se manifeste par une infection entraînant une inflammation du revêtement interne du cœur, avec une atteinte fréquente des valves cardiaques (Haute Autorité de santé, 2021).

Les patients à haut risque d'endocardite infectieuse nécessitent une attention particulière lors des soins bucco-dentaires pour prévenir la survenue d'une bactériémie, notamment par des mesures prophylactiques adaptées.

Patients à haut risque d’endocardite infectieuse (Recommandations HAS 2024) (13) :

   Antécédent d’endocardite infectieuse : Un antécédent d'endocardite prédispose le patient à de nouvelles infections.
   • Prothèse valvulaire : La présence d'une prothèse valvulaire, qu'elle soit mécanique ou bioprothèse, ainsi qu'un anneau prothétique, augmente significativement le risque d'infection.
   • Cardiopathie congénitale cyanogène :
        o Non opérée ou ayant subi une dérivation chirurgicale pulmonaire systémique.
        o Opérée, mais avec un shunt résiduel.
        o Opérée avec la présence de matériel prothétique.
   • Patients porteurs de pompe d’assistance ventriculaire (DAV).

Les actes bucco-dentaires invasifs autorisés avec antibioprophylaxie chez le patient à haut risque de survenue d’EI (13):

       Chirurgie orale :
- Avulsions dentaires,
- Frénectomie,
- Biopsie,
- Exérèse de lésions muqueuses et lésions osseuses bénignes sans utilisation d’une membrane de régénération osseuse,
- Dégagement orthodontique de dent incluse,
- Techniques d’accélération de déplacement dentaire invasives (corticotomies).

       Implantologie orale :
- Mise en place d’implants sans utilisation d’une membrane de régénération osseuse
- Mise en place de piliers implantaires de cicatrisation en cas d’implants enfouis
- Chirurgie pré-implantaire sans utilisation d’une membrane de régénération osseuse.

       Traumatologie :
- Tous les actes thérapeutiques en lien avec la traumatologie dentaire et alvéolaire, dont la réimplantation des dents permanentes matures et immatures.

Précautions et prise en charge :
Une antibiothérapie prophylactique est recommandée pour tous :
Les actes impliquant une manipulation de la gencive ou de la région péri apicale de la dent, ou en cas d’effraction de la muqueuse orale, hors anesthésie locale ou locorégionale

  • Modalité d’antibioprophylaxie : European society of cardiology 2023 (12).

 

  Antibiotique Prise unique 30-60min avant l’acte invasif
    Adultes Enfants
Pas d'allergie à la pénicilline ou ampicilline Amoxicilline 2g par vois orale 50mg/kg par voie orale
 
Situation Antibiotique Prise unique 30-60min avant l’acte invasif
  Adultes Enfants
Allergie à la pénicilline ou ampicilline Cephalexin 2g par vois orale 50mg/kg par voie orale
Azithromycine ou clarithromycine 500 mg par voie orale 15mg/kg par voie orale
Doxycycline 100 mg par voie orale

<45 kg, 2,2 mg/kg par VO

 >45 kg, 100 mg par VO

 

 

CONCLUSION

La prise en charge des patients à risque infectieux nécessite une attention particulière et une approche personnalisée afin de prévenir les complications. En intégrant les facteurs individuels propres à chaque patient et en respectant les recommandations, il est possible de minimiser les risques et d’optimiser les résultats cliniques.

Dans ce contexte, l'évolution constante des recommandations en matière d'antibioprophylaxie souligne l'importance de la formation continue des chirurgiens-dentistes pour garantir une prise en charge adaptée et efficace.

BIBLIOGRAPHIE

1. Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Prescription des antibiotiques en pratique bucco dentaire. Argumentaire. Saint-Denis La Plaine: Afssaps; 2022.
2. ADF. Risques médicaux. Guide de prise en charge par le chirurgien-dentiste 2016.
3. C. MAHAD, S.HAITAMI, I. BEN YAHYA. Le patient diabétique en odontologie : manifestations cliniques et prise en charge. Le courrier du dentiste 2019.
4. S. ADNANE, S. HAITAMI, I. BENYAHYA.Mieux comprendre le risque infectieux chez le patient diabétique pour une meilleure prise en charge en odontologie.(revue delitterature)
5. The Dentist’s Drug and Prescription Guide/2020
6. Antibiotics and chronic kidney disease: Dose adjustment update for infectious disease clinical practice/2020
7. The ADA Practical Guide to Second Edition Patients with Medical Condition / 2016
8. A. IBOURK, S.HAITAMI, I. BEN YAHYA. Patients atteints de l’insuffisance hépatique : manifestations buccales et prise en charge.
9. Société Française de Chirurgie Orale. "Prise en charge des foyers infectieux bucco-dentaires." Médecine Buccale Chirurgie Buccale 18.3 (2012): 251-314.
10. H. KOUMITI, I. BEN YAHYA. Stratégie de prise en charge odontologique des patiens VIH .Le courrier du dentiste 2012 .
11. Nicolatou-Galitis, Ourania, et al. "Medication-related osteonecrosis of the jaw: definition and best practice for prevention, diagnosis, and treatment." Oral surgery, oral medicine, oral pathology and oral radiology 127.2 (2019): 117-135.
12. 2023 ESC Guidelines for the management of endocarditis
13. Haute Autorité de Santé - Prise en charge bucco-dentaire des patients à haut risque d’endocardite infectieuse octobre 2024.

Aller au haut