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LA LITHIASE DES GLANDES SALIVAIRES ACCESSOIRES
Dossiers du mois
Mercredi, 15 Mars 2000 15:51

 

H. TARAF, I. BEN YAHYA
Service d’Odontologie Chirurgicale.
Faculté de médecine dentaire de Casablanca


RESUME
La lithiase des glandes salivaires accessoires est une pathologie rare. Cette rareté est en fait due à une méconnaissance diagnostique.
Le nodule douloureux sous-muqueux, motif de consultation le plus fréquent est non spécifique, et ce n’est qu’après un examen clinique orienté et une radiographie à rayons mous, qu’on confirme le diagnostic dans 50% des cas.

Les facteurs favorisants sont communs à tous les types de lithiases.
Le traitement est chirurgical, et la pièce opératoire doit être envoyée au laboratoire pour un examen anatomo-pathologique et minéralogique qui permettront de poser le diagnostic de certitude.
Mots-clés : Glandes salivaires accessoires, Lithiase salivaire.

INTRODUCTION

La lithiase des glandes salivaires accessoires (GSA) est une pathologie rare en pratique courante comparée aux atteintes des glandes salivaires principales.
La localisation au niveau des glandes submandibulaires est la plus fréquente : 92%, au niveau des glandes parotides : 6%, alors que les lithiases des glandes sublinguales et des GSA sont les moins fréquentes : 2%. (Ho.v et coll, 1992) (1)
Cette rareté est en fait due à une méconnaissance diagnostique.
Le premier cas rapporté de lithiase des GSA a été publié par Lighterman’s en 1955 concernant une localisation jugale (Mandel,1992) (2)
Depuis, plusieurs séries ont été publiées : Jensen 1979(3) ; Anneroth 1983(4) ; Yamane 1984(5) …
La plupart de ces auteurs s’accordent pour affirmer que l’atteinte survient entre 40 et 80 ans, par contre il n’y a pas de consensus global concernant la fréquence de l’atteinte en fonction du sexe.
Concernant le siège des lésions, toutes les études publiées montrent que le siège de prédilection de la lithiase des GSA est la lèvre supérieure, les autres localisations : jugale, labiale inférieure et palatine sont moins fréquentes.

ETIOPATHOGENIE
Les facteurs généraux prédisposant à la survenue d’une lithiase des GSA sont sujets à controverse, et il semblerait qu’aucune maladie systémique ou métabolique ne soit associée à la survenue de ce type de pathologie. Cependant, certains auteurs ( Lighterman, 1955 in Chikhani 1994) (6) ont mis en évidence une prédisposition chez les patients atteints de syndromes secs.
En revanche, les facteurs locaux semblent jouer un rôle étiopathogénique important et c’est ce qui explique en partie l’atteinte fréquente de la lèvre. Il s’agit du :
- Traumatisme engendré par la mastication qui entraîne une inflammation du canal avec desquamation cellulaire et dépôts protéiniques dans la lumière canalaire, ce qui favorise donc l’invasion bactérienne d’une part et la stase salivaire d’autre part.
- L’infection canalaire : Yamane en 1984(5) a pu démontrer la présence de colonies microbiennes à l’intérieur du calcul, ce qui expliquerait l’amorce de la calcification à partir des produits de dégradation bactérienne.
- La stase salivaire associée à une salive riche en mucine, de consistance épaisse s’écoulant difficilement favorise la formation de lithiases.
- L’augmentation du pH salivaire : l’alcalinisation du milieu crée les conditions favorables pour la précipitation des ions calciques.
- La dystrophie du système glandulaire favorisée par la sénescence explique la survenue des lithiases à partir de la quatrième décade (fig.1).

fig.1 : Schéma illustrant les mécanismes pathogéniques de la formation des lithiases.


CIRCONSTANCES DE DECOUVERTE
La lithiase des GSA se manifeste souvent par une tuméfaction ou un nodule plus ou moins douloureux. Elle est rarement asymptomatique, et donc de découverte fortuite.

DIAGNOSTIC
Diagnostic clinique :
Le nodule se présente sous forme d’une masse de petite taille mesurant en moyenne 1cm de diamètre (6) sous-muqueuse, ferme et mobilisable mais sans induration des plans profonds (fig. 2).
La muqueuse de recouvrement est légèrement surélevée, et ne présente pas d’érythème en dehors des périodes de poussées inflammatoires (fig. 3).
La mise en évidence clinique du calcul peut se faire par l’exploration à la sonde. Cependant, la négativité de ce test n’exclue pas le diagnostic d’une lithiase des GSA.

fig.2 : Examen exobuccal : Nodule ferme non douloureux fig.3 : Examen endobuccal : Muqueuse de recouvrement d’apparence saine.


Diagnostic radiologique :
La prise d’un cliché interposé entre lèvre et
arcades alvéolaires avec des rayons mous peut être d’un apport dans le diagnostic de certains calculs (fig. 4). Cependant 50% des calculs ne sont pas visibles radiologiquement du fait de leur faible minéralisation.

Diagnostic histologique :
Selon Anneroth et coll (4), l’observation de la pièce opératoire (fig. 6) au microscope optique permet de distinguer deux types de calculs :
- Calcul de type lamellaire : laissant objectiver l’alternance de bandes calcifiées organisées autour d’une zone centrale formée par une matrice organique.
- Calcul de type homogène : ce type de calcul est exclusivement formé de matière organique calcifiée.

Diagnostic différentiel :
Devant la présence d’un nodule et selon la localisation et les caractéristiques de la tuméfaction, le diagnostic peut évoquer :
- un kyste mucoïde : l’examen révèle la présence d’un contenu liquidien.
- une tumeur bénigne ou maligne des GSA caractérisée par son caractère asymptomatique et latent.
- une sialadénite où les signes infectieux dominent le tableau clinique.
- un corps étranger sous-muqueux.

fig.4 : Examen radiographique à rayons mous : Image radio-opaque. fig.5 :  Vue per-opératoire
fig.6 : Pièce opératoire fig.7 : Sutures de la voie d’abord chirurgicale

TRAITEMENT
Une antibiothérapie s’impose en cas de survenue d’accidents infectieux.
Le traitement dépend du diagnostic.
- En effet, lorsque le diagnostic de lithiase est posé, l’exérèse chirurgicale du calcul peut se faire après incision de la glande sous anesthésie locale.
- Par contre, lorsque le diagnostic de certitude n’est pas posé avant l’intervention, ou quand une sialadénite est associée, l’exérèse chirurgicale de la totalité de la glande et de la muqueuse inflammatoire bordante s’impose (fig. 5-6 et 7).
- Enfin, quand le diagnostic d’une tumeur des GSA est discuté, l’exérèse se fait avec une marge de tissus sains périphériques.
L’envoi de la pièce opératoire pour un examen anatomo-pathologique est impératif après exérèse chirurgicale.
A long terme la lithiase ne récidive que rarement (fig.8 et 9).

fig.8 : Vue clinique à 6 mois post-opératoires (face) fig.9 : Vue clinique à 6 mois post-opératoires

CONCLUSION
La lithiase des GSA est moins rare qu’on ne le pense, du fait d’une méconnaissance diagnostique fréquente.
Le nodule douloureux sous muqueux est le motif de consultation le plus fréquent.
L’examen clinique doit comporter l’exploration à la sonde et doit être complété d’une radiographie à rayons mous.
Le traitement consiste le plus souvent en l’ablation chirurgicale du calcul, dont les récidives sont très rares.

BIBLIOGRAPHIE
1 - HO.V, CURRIE.J.R, WALKER. A : Sialolithiasis of minor salivary glands.
British journal of oral and maxillofacial surgery, 1992, 30 : 273-275.
2 - MANDEL.L, FATCHI.J : Minor salivary gland sialolithiasis.
NYSDJ December 1993 : 31-33.
3 - JENSEN.J.L, HOWELL.F.V, GORDON.M.R, CORRELL.R.W : Minor salivary gland calculi :
A clinicopathological study of forty-seven new cases.
Oral surgery Oral medicine Oral pathology
1979, 47 (1) : 44-50.
4 - ANNEROTH.G, HANSEN.L : Minor salivary gland calculi : Aclinical and histopathological study of 49 cases.
International journal of oral surgery, 1983, 12 : 80-89.
5-YAMANE.G.M, SCHARLOCK.S.E, JAIN.R, SUNDERRAJ.M, CHAUDHRY.A.P : Intraoral minor salivary gland sialolithiasis.
Journal of oral medicine 1984, 39 (21) : 85-90.
6 - CHIKHANI.L, FAVRE-DAUVERGNE.E, BERTRAND.J-Ch, GUILBERT.F : Lithiase des glandes salivaires accessoires : A propos d’un cas.
Revue de stomatologie et de chirurgie maxillofaciale, 1994, 95, n°3, pp : 201-203.
7 - AL KHATIB.A, GYFOTOS.P : Sialolithiasis : A case report.
Iowa dental journal, October, 1993 :18-20.
8 - AZAB.S, TALAAT.M : Sialolithiasis of a labial salivary gland.
Journal of oral and maxillofacial surgery 1986, 44:145-146.
9 - BAINTON.R, DUBOURG.L : Sialolithiasis of an accessory salivary gland.
British dental journal, 1989 ; 166 : 216-217.
10 - PIETTE.E, REYCHLER.H : Pathologie des glandes salivaires, in : traité de pathologie
buccale et maxillofaciale.
Saunders compagny, 1994, pp : 1085-1150.
11 - DULA.K, BUSER.D, BERTHOLD.H : Maladies des glandes salivaires.
Rev Mens Suisse Odontostomatol, vol 104 : 11 :1994.
12 - KARENGERA.D, YOUSEFPOUR.A, MIR MOHAMMAD.H, LECHIEN.P, REYCHLER.H :
Lithiase d’une glande salivaire accessoire simulant une mucocèle : A propos d’un cas.
Revue de stomatologie et de chirurgie maxillofaciale, 1997, 98, n°2, pp : 81-83.
13 - LAUDENBACH.P : Pathologie des glandes salivaires : Malformations des glandes
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Encycl.Méd.Chir. (Paris, France), Stomatologie, 22057 B10, 7-1987, 28p.
14 - SADEGHI.E.M, ANGELL.D.M : Sialolith in a median anterior maxillary cyst :
Journal of oral and maxillofacial surgery 1985, 43 : 55-56.

 

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